27 décembre 2019 5 27 /12 /décembre /2019 15:12

Les Berbères avant l’occupation romaine 

Ass-a nnighd awâl yeffern id-alli… (Ait-Menguellat d’Ighil Bwammas)

Je révèle une parole tenue secrète jusqu’à ce jour…

 

Partie 1

Pour être enseignée de manière efficace, l’histoire doit être écrite à la façon du récit mythologique. Sans cela, elle ne serait qu’une suite d’évènements abolis, inertes, sans effet durable sur le lecteur.

Dans cette étude, nous employons le terme de berbère au singulier et au pluriel pour désigner par convention le peuple qui a occupé et habite encore la région actuelle appelée Maghreb, au sens large, c’est à dire englobant la Mauritanie et le Sénégal, et certaines parties du Mali et du Niger, au sud, et de l’Egypte à l’est.

Au 6ème siècle, un poète épique romain a chanté la gloire d’un général byzantin venu infliger aux berbères leur énième défaite devant des Romains. L’auteur de l’épopée, Coryppe, dénombre plus de 300 nations parmi les peuples berbères. Autant dire qu’il ne sert à rien de chercher à trouver une race berbère et qu’il faudra se contenter de la seule réalité tangible à nos yeux : l’unité de la langue berbère, et la cohérence de son histoire.

Le terme berbère s’appliquant à la population nord africaine d’origine est relativement nouveau. Ce sont les auteurs écrivant en arabe qui l’ont propagé, en s’appuyant d’ailleurs sur les déclarations des mêmes berbères. Quand les Arabes musulmans arrivèrent en Ifriqiya, ils ne trouvèrent pas des ‘‘numides’’ ni des ‘‘carthaginois’’, mais des Berbères et des occupants Romains (Byzantins), un nom englobant toute la population présente. Ce nom s’applique par conséquent à l’ensemble des populations et semble avoir été utilisé par les autochtones qui l’ont communiqué aux Arabes comme le terme qui les désigne dans leur ensemble. Leur ancêtre commun serait un homme appelé deux fois bar. Entre eux, ils se distinguaient par leurs appartenances tribales, comme tous les anciens peuples.

La Berbérie est donc un territoire. Un territoire peuplé de berbères qui sont ici tous les peuples qui s’y sont installés au cours de l’histoire, depuis le fond stabilisé le plus ancien, – car il y en eut forcément un –, jusqu’à nos jours en passant par le premier apport étranger et le plus ancien connu, à savoir les phéniciens et peut-être les Mèdes, un peuple moyen-oriental proche des Perses.

Les principales sources anciennes sont grecques et latines, rarement phéniciennes : Homère, Hérodote, Platon, Polybe (204 à 102 avant J.- C), Salluste, Virgile, Pline l’Ancien, Strabon, Tacite, Tite-Live, Plutarque, Eutrope, Coryppe, etc.

Après la conquête arabe, l’histoire ou les éléments historiographiques sont fournis par les sources écrites en langue arabe, avec notamment celui qui en a exploré certaines, comme le grand historien berbère Ibn Khaldûn qui est le premier à faire mention des berbères dans le titre même de son ouvrage majeur, etc. Ces auteurs ne sont pas tous des historiens ou des chroniqueurs de métier.

Platon et d’autres philosophes fournissent des indications dans des digressions sur les croyances et les institutions anciennes (Comme Aristote qui décrit et juge la constitution de Carthage). Platon a évoqué l’Atlantide dans le Timée et dans le Critias. Mais leurs œuvres, poétiques parfois, évoquent des faits ou des légendes impliquant des hommes et des peuples de l’Afrique du Nord ancienne, que les auteurs grecs désignaient alors par le nom de Lybie. Elles sont aujourd’hui facilement accessibles grâce aux ressources de l’internet, avec le choix des traductions en français, anglais, allemand… Ce qui ne dispense pas bien sûr le chercheur plus motivé de consulter les textes dans les bibliothèques spécialisées.

Mythologie :

Avant d’évoquer quelques faits historiques, situons le monde berbère dans la mythologie. C’est que cette région du monde connu d’alors, avait une fonction puissante dans l’imaginaire antique notamment des Grecs. C’est la terre aux limites de laquelle l’on a situé la légendaire île de l’Atlantide dont Platon s’est fait le conteur dans le Timée et le Critias. Pour un berbérophone, la tentation est grande de l’orthographier Ath-lantide, comme le préfixe at- ou ath- indique un ethnique, et désigne une cité ou un pays par ses habitants. Les Irlandais ont une expression pour faire connaitre leur origine, et la tribu à laquelle ils appartenaient dans l’ancien temps. C’est celle de Mac, abrégé en Mc[1] qui signifie fils de. Mac Donald signifie fils de Donald, exactement, comme en berbère on emploie mmis, qui pourrait dériver du même mac, et qui signifie aussi fils. Les Arabes ont un équivalent dans les expressions banû, ou ouled, qui servent à désigner une tribu en la rattachant à son ascendant éponyme.

L’Atlantide a été engloutie par des flots marins subits et gigantesques, suite à un  tremblement de terre suivi de tsunami, par exemple. C’est une hypothèse de savants. On la situait au large des Colonnes d’Hercule. Comme on ne peut pas accuser Platon d’avoir conçu le récit de l’Atlantide, juste pour le plaisir de tromper ses lecteurs, les archéologues et les savants tentent encore de trouver un lieu où un cataclysme aurait pu causer une secousse d’une telle ampleur dans la Méditerranée. Que les Colonnes d’Hercule, appelées par Homère, Colonnes d’Atlas, soient situées dans les deux montagnes situées chacune sur l’une des rives du détroit appelé aujourd’hui Gibraltar ou qu’elles soient entre la Sicile et l’Italie, la mythologie implique bien l’Afrique du Nord, appelée Lybie par les Grecs de l’antiquité. A l’époque de Platon, la Sardaigne et la Corse étaient sous occupation carthaginoise.

La mythologie explique ainsi les choses.

Hercule réussit à vaincre le géant (lybique) Antée, ce qui confirme la légende du gigantisme à la Goliath, a-jalût ou aguellid, d’une certaine population de Berbérie. Le moine espagnol Viala qui a laissé une chronique sur les peuples des Îles Canaries (Islas Canarias), les décrit comme des hommes remarquables par leur grande taille, confirmant ce fait.

Notons à propos de détroit que Tanger vient surement du mot tang, en persan. Les berbères ont fini par imiter la prononciation arabe de certains toponymes. N’ayant pas la lettre g dur (guim), les Arabes ont ainsi fini par prononcer Béjaya, là où encore on prononce en kabyle, Vgayat. Les berbères partagent avec les égyptiens cette prononciation du jim en guim. Ils prononçaient guim tous les jims. Ils avaient raison, puisque la lettre jim, troisième de l’alphabet phénicien se prononçait comme un g dur, s’appelait gamma. Alpha, beta, gamma, delta, etc. De même les fameuses montagnes de Kabylie baptisées Gargaros par les Grecs. En s’arabisant les kabyles ont fini par prononcer Jurjura (Djurdjura). Ma grand-mère qui n’a jamais parlé arabe, prononçait bel et bien ‘’Gargar’’. Elle parlait du Ighzar u Gargar, le torrent qui descend de la montagne de Gargar. Il y a des monts appelés Gargaros, en Grèce.

Le nom persan tang signifie détroit, comme on peut facilement le constater sur une carte de la Perse, du coté du golfe persique, dans le détroit de Hormoz, qui se dit en persan tang-e Hormoz. Mais le persan possède la consonne du g dur, distincte du jim. Il ne peut  y avoir d’ambigüité.

C’est dire que Tanger servait déjà à désigner le détroit qui a reçu aussi les appellations de Colonnes d’Hercule, de Gibraltar.

Les Berbères sont aussi connus pour avoir un chef, un roi que l’on désignait par le vocable d’a-guellid, terme dont la prononciation berbère a été corrompue en Goliath selon certains ; et les arabes qui ont le son du g dur dans leur langue, ne l’ont pas spécifiquement dans leur alphabet, et le transcrivent avec un j, Jalût.

Les mots berbères sont souvent transcrits avec l’article collé au mot. Ainsi Aguellid devrait s’écrire a-guellid. Le mot guellid évoque une autre signification : celle des Celtes, que les français prononcent avec un c, alors que la prononciation des autres formes dérivées engagent plutôt un K ou un G, comme dans le cas précédent de mac irlandais devenu mmis en berbère, ou k est remplacé par le son s.

Si nous prononçons Kelt, Kelton en grec, nous apercevons immédiatement le mot guellid, avec un durcissement du k en g, et du t en d. Cela se remarque dans beaucoup de transcriptions françaises de la lettre k. Là ou le grec parle de Thrakos, les auteurs français parlent de la Thrace, avec un c. Et là où Hérodote parle des mazek, le traducteur français met mazeces. Or mazek correspond mieux à la prononciation berbère. Imazikhan serait même plus juste qu’imazighan. Les rifains transcrivant en caractères arabes le mot imazikhan, ils mettaient un khâ et pas un ghayn. Mais dans la région d’Alger où cette tribu a régné un temps, ils sont appelés imazighan (pluriel d’amazigh). Il est possible que écriture avec le son ghayn, proviennent des auteurs Arabes. Ainsi Ibn Khaldûn les appelle les Banû Mazghanna. La terminaison en a indique un pluriel spécial en arabe qui a été appliqué à presque toute la toponymie berbère, pour désigne un territoire par la tribu qui l’occupe. Dwawda, S’hawla, Ghardaya, etc…

Ce roi des berbères devait donc être d’origine Celte. A condition que le kelt en question soit bien un celte. Les berbères ont aussi gardé le radical srt qui a donné ‘‘sârût’’ qui signifie la clef. Le roi est en effet celui qui détient les clefs des mystères  car un vrai roi est d’abord un roi bien inspiré, tenant le pouvoir temporel et spirituel. Dans les deux cas, galt, kalt ou celtes, la signification de clef, donc de détenteur des clés, existe. Les racines kld (kelîd, en persan), klt en grec, ou qld en arabe (maqâlîd) dénotent le sens de clef.

Le kalt a donné la Calédonie, la Galicie, le Portugal, tous pays des Celtes, et ce fut peut-être un signe de Dieu que les kabyles révoltés contre la France, en 1870 aient été déportés en Calédonie où ils ont pris racine loin de leur mère patrie, et y vivent encore.

Il existe d’autres termes se référant à la fonction royale.

Celui qui subsiste encore dans les parlers africains périphériques du Sahara est le terme mensa ou mense, parfois transcrit mence, chez les auteurs espagnols. Massinissa dont on dit qu’il est le nom d’un célèbre roi qui unifia les Berbères et résista aux Romains, est en fait le titre de ce roi, pas son patronyme. La bonne lecture de ce nom a surement subi une fausse transcription de la part des auteurs latins, ce qui arrive fréquemment quand on transcrit le nom ou le titre d’un personnage politique ou religieux dont on ignore la langue. Ce titre de Massinissa est la mauvaise prononciation de : a-mensa imensen, qui signifie Roi des rois. En unifiant les ‘’royaumes’’ berbères qui consistaient en tribus de plus ou moins grande importance, ce roi a mérité ce titre. On retrouve ce titre en Perse, avec le fameux shâhanshâh, roi des rois, titre qui a été porté même par le dernier monarque persan, de la dynastie éphémère des Pahlavi.

En Afrique noire au sud du Sahara, ce titre a été porté au 19ème siècle par les rois du Mali, notamment par le fameux Mensa Moussa, Kankan Moussa.

 

[1] Le C, prononcé comme un k, est souvent prononcé comme un S. L’arabe possède le mot Sor, qui est traduit par le terme trompe, mais on peut reconnaître une traduction plus proche de la forme Sor, c’est le cor, qui est employé en français, et où l’on voit clairement que les deux mots Sor et Cor, ont la même étymologie. La Thrace, région de la Grèce, est appelée Trakos, en grec. Encore un exemple où le k a été remplacé par un le son de la lettre S.

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Omar BENAISSA - dans Conscience berbère