31 août 2020 1 31 /08 /août /2020 12:11

Daté du 10 mars 1936, ce poème inédit de Hamouda Ben Saï, intitulé « Désespérance », nous renseigne sur la situation morale dans laquelle celui-ci se trouvait, et probablement M. Bennabi avec lui. 

 

« Seigneur ! je me sens seul et ma nuit est profonde,

Un silence de mort de tous côtés m’oppresse,

Et je ne sais vers qui, dans l’ombre que je sonde,

Elever ma détresse

 

Seigneur ! mon cœur vous aime, il veut le bien des hommes ;

Mais des hommes sans foi, me sachant sans défense,

Me narguent bassement… Ah ! Lâches que nous sommes !

Le juste nous offense…

 

Seigneur ! ma peine est grande et mon fardeau trop lourd,

Car ma race est honnie, mes frères sont en larmes,

Et je ne sais comment toucher ce monde sourd

Qui nous tient sous ses armes…

 

Seigneur ! mes reins sont las, car âpre est mon chemin ;

Ni viatique prêt, ni fidèle monture !

J’erre dans un désert… Vaincrai-je ce destin,

Par ma seule droiture ?…

 

Seigneur ! où vais-je ainsi, sans épée, sans cuirasse ?

Je ne puis respirer cette atmosphère impure ;

La douleur me connaît, mais le faux me terrasse ;

Excusez ma nature…

 

Seigneur ! sois avec nous, arme-nous de puissance,

De courage serein et de savoir lucide ;

Nous voulons mériter, barde-nous d’endurance

Et d’esprit impavide…

 

Seigneur ! vers Toi, tout droit monte cette oraison ;

L’entendras-Tu vraiment, ce long cri de mon âme ?

Hélas !… aucun espoir ne luit à l’horizon ;

Seule, veille ma flamme…

 

Seigneur ! laisseras-Tu sans réponse mon cœur ?

Ton nom est-il un leurre ? et Ton aide un mensonge ?

Et, dans ce monde impie, sous le joug du vainqueur,

Ma foi est-elle un songe? »

 

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Hamouda Ben Sai