28 septembre 2020 1 28 /09 /septembre /2020 14:45

Chapitre I

Aspects de la sharia

Introduction:

La sharia (transcrit aussi Charia, en français) est la Loi coranique, d’origine divine. Elle émane donc d’une source miraculeuse, mystérieuse, et s’exprime souvent d’une manière volontairement allusive, comme si elle attendait de notre part plusieurs interprétations possibles. Elle a été explicitée par le Prophète. Elle a encore besoin d’être éclairée par ce que l’on appelle les docteurs de la Loi, des savants qui ont acquis la compétence et parfois l’autorité pour soutenir un point de vue sur les règles d’application de cette Loi. Ces principes, définis par les hommes, sont distincts de la Sharia elle-même, et bien que s’appuyant sur cette dernière, ils ne sauront la supplanter. C’est pourquoi on dit que la Sharia est la Loi divine telle qu’elle est en Dieu, telle qu’elle formulée par Lui. Dès qu’elle est traduite, interprétée, elle perd son caractère absolu, et se relativise : aucun effort humain ne saurait épuiser toutes les possibilités d’interprétation de la parole divine. Les interprétations restent des points de vue dégagés par des hommes et n’engagent que ceux qui les énoncent et ceux qui y ajoutent foi. Ainsi il n’existe pas un seul jurisconsulte pour dire aux musulmans ce qu’ils doivent suivre dans les différents cas d’espèces légales. Est-ce à dire qu’il n’est rien d’immuable dans l’interprétation des principes coraniques ? Certes non, mais il suffit de dire que l’interprétation des hommes reste une interprétation des hommes, afin de permettre aux hommes de savoir que le point de vue qu’ils ont décidé de choisir ou de préférer n’est pas forcément le seul et unique, et n’est pas toujours complet. Et c’est ainsi qu’en choisissant librement, les hommes sont parvenus à une sorte de confirmation des principales règles du fiqh.

Il faut donc garder à l’esprit que c’est par erreur et mauvaise habitude que lorsqu’on parle de la sharia, qu’on soit amené à la confondre le plus souvent avec des principes qui ont été dégagés par des hommes, et qui traduisent donc un niveau de connaissance de ces derniers à des étapes particulières de leur histoire. Il serait plus juste de parler de fiqh, de compréhension et d’interprétation de la Loi divine plutôt que de celle-ci. Mais il arrive souvent qu’un sens métonymique l’emporte sur le sens originel, littéral.

Pour énoncer ces principes d’application, les hommes recourent à une méthode fondée sur ce que l’on appelle les sources du droit. Il s’agit du texte coranique qui est la source mère, suivi du texte de la tradition prophétique en tant qu’elle complète et explique la source coranique. Et enfin la raison ou l’intellect et toutes les voies permettant d’accéder à la certitude ou de s’en rapprocher.

Ces deux dernières sources peuvent se détailler ainsi : à la tradition prophétique, certains ajoutent la pratique des compagnons car ce sont ces derniers qui transmettent la Tradition, et à la raison, on ajoute le syllogisme, l’opinion publique des gens de Médine aux premiers temps de l’islam, etc.

Ces sources sont hiérarchisées, prioritaires les unes sur les autres, et parfois exclusives les unes des autres. Quand le Coran est clair sur un point, et qu’il tranche de façon compréhensible, on peut se passer de recourir à la tradition et à la raison. Et inversement si une tradition contredit le sens évident du Coran, on n’en tient pas compte, fut-elle rapportée par les hommes les plus crédibles de l’islam. Par exemple si une tradition affirmait que la prière (salât) est interdite, elle ne serait pas prise en compte parce que le texte coranique est clair à ce sujet. Plusieurs versets témoignent que la prière est indispensable parce que le Coran la demande à l’impératif pluriel et dans certains cas au singulier.

On peut comparer le fiqh aux textes d’application qui énoncent les détails d’une loi adoptée en assemblée parlementaire. Quand une loi permet quelque chose, ou quand elle l’interdit, des décrets suivent qui explicitent les conditions et les détails de son application.

La Sharia désigne donc la Loi telle qu’elle est dans la science divine. Cette Loi est révélée aux hommes par un Prophète, un Messager. Les hommes doivent cependant faire l’effort de la codifier pour la rendre applicable à eux-mêmes. C’est par métonymie que le résultat de cet effort est appelé Sharia. Le nom qui le désigne est celui de fiqh. On appelle faqih, le jurisconsulte, un homme ayant la compétence pour exprimer une opinion sur la Loi. Au pluriel, on parle de fuqahâ, en langue arabe qui est celle du Coran et celle du ‘’clergé’’ (uléma) de l’islam. Nous reviendrons plus loin sur ce que signifie cette compétence.

Les hommes ordinaires n’ayant jamais la capacité de se faire les traducteurs infaillibles de la Loi divine, les juristes ont besoin de préciser que leur savoir est relatif. Leur ‘’effort’’ (tel est le sens du mot ijtihâd) doit donc être repris à chaque génération, pour éviter aux hommes de tomber dans le piège de ceux qui suivent aveuglément des pratiques désuètes juste sous le prétexte que ‘’tels furent les agissements de nos anciens’’. Ce que des hommes ont fait, d’autres hommes peuvent le défaire, le modifier ou l’améliorer.

Le Coran emploie l’expression que la ‘’religion auprès de Dieu est l’obéissance, (l’islâm)’’, Elle signifie que la Loi (sharia) primordiale, permanente, en vigueur dans le monde, est celle de Dieu. Elle implique que l’acte de l’homme est jugé dans son essence même par rapport à cette Loi, et que la seule loi prise en compte auprès de Dieu est celle de … Dieu, de l’obéissance à Dieu.

Elle n’implique pas forcément que Dieu délègue aux hommes le droit de ‘’l’appliquer’’ (ce que demandent certains militants impatients ‘’d’appliquer l’islam’’ ou ‘’d’appliquer’’ la sharia.) Elle s’applique auprès de Dieu, que les hommes en soient conscients ou non, qu’ils le veuillent ou non. C’est la religion auprès de Dieu et il n’y a pas de contrainte en matière de religion ou à l’intérieur de la religion.

Les hommes ont cependant le devoir (s’ils y croient) de chercher à la connaître pour se l’appliquer à eux-mêmes. Savoir comment faire la prière, comment jeuner le mois de Ramadan, comment se marier, divorcer, comment élever ses enfants, accomplir le pèlerinage à la Mecque,…

Quant à soulever les gens pour réclamer ‘’l’application’’ de l’islam aux autres domaines, pour imposer l’islam, et le respect des lois divines, cela ne dissimule que des ambitions politiques, et une bonne part d’errements. C’est une attitude qui se fonde sur un principe faux : ‘’les musulmans connaissent le remède aux maux de leur société, il n’y a plus qu’à l’appliquer’’. Cela est faux.

Nous avons vu ces dernières années à quelle folie meurtrière ont donné lieu les tentatives ‘’d’application’’ de la sharia, menées par des ignorants qui n’ont de musulmans que la barbe et le turban.

Est-ce à dire que la sharia doit être abandonnée ? Pas du tout. Elle doit être vivifiée par les croyants eux-mêmes. Ces derniers pourraient faire reconnaître leur droit à la respecter par la voie légale, et à faire voter des lois générales en ce sens, par la voie démocratique.

Comme la définition pratique de la sharia diffère d’un pays à l’autre, d’une école juridique à l’autre, cette loi devra être ouverte, de façon à reconnaitre la liberté pour un musulman de recourir au mazhab qu’il souhaite pour être jugé ou pour obtenir réparation, en tant que mis en cause ou en tant que plaignant.

Seul un Prophète vivant, ou son représentant vivant ou un homme désigné par le Prophète peut être autorisé à mettre en pratique l’islam au niveau social, c’est-à-dire à en faire une loi en vigueur dans un pays ou un ensemble de pays donnés.

Il existe une tradition selon laquelle : « Seul connaît le Coran celui à qui il s’est adressé », c’est-à-dire le Prophète (s).

Si l’islam a survécu à tant de coups qu’il s’est infligé ou que les puissances rivales (occidentales ou orientales) lui ont infligé, c’est bien parce que sa Loi a survécu dans les cœurs individuels, dans la foi patiente des croyants aux yeux de qui Dieu triomphe à chaque instant même quand nous ne le constations pas avec nos yeux. La Loi divine s’applique à chaque instant avec ou sans le soutien d’un ‘’état islamique’’. Dieu est toujours victorieux, quelque soit le jugement des hommes, quelque soit le choix des hommes. Ghâlibun ‘alâ amrihi…

Le djihâd est recommandé quand  une communauté musulmane cherche à se défendre contre une agression étrangère. Il s’agit de quelque chose qui est universellement admis. Mais personne n’a le droit d’imposer – par la violence – l’islam ou sa propre interprétation de l’islam, ni aux musulmans ni aux non-musulmans.

Cela n’empêche pas les musulmans de s’organiser et de défendre leur cause par la voie pacifique, et par tout moyen légal. Dans les pays où ils sont majoritaires, ils peuvent même atteindre leur objectif par la voie démocratique. Mais aucune violence pouvant entrainer la mort de croyants ou de non-croyants ne peut être admise par la Loi divine.

Le croyant véritable sait très bien que s’il commet sciemment un crime ou un délit ou une quelconque infraction, comme un larcin ou quoi que ce soit de contraire à l’esprit du Coran, il devra en répondre individuellement devant Dieu.

Sa punition est  créée par ses propres actes.

La main du voleur est coupée au point de vue de la Loi de Dieu, même si aucune loi humaine ne permet de le faire, même si le voleur n’a jamais été appréhendé de son vivant. C’est cela que signifie ‘’la religion auprès de Dieu est l’islam’’ (Coran,).

L’univers entier est déjà ‘’musulman’’ (muslim), c’est-à-dire soumis à la règle divine.

C’est que La Loi divine est l’ensemble des lois qui déterminent la destinée de l’individu dans ce monde et dans l’autre. C’est d’ailleurs pour cette raison que la loi est divine (hukm Allah), parce que les hommes auront à répondre individuellement devant (la justice de) Dieu.

Ainsi lorsque Dieu nous donne l’information que la main du voleur doit être coupée, il s’agit d’une information légale inscrite dans la Loi. Même si le voleur échappe à la justice des hommes, dans ce monde. Ce qui importe le plus est que le voleur sache que sa main est coupée auprès de Dieu, à moins qu’il ait accompli aussi d’autres bonnes actions qui lui vaudront le pardon de Dieu.

Malgré des siècles de gouvernement faible ou d’absence de gouvernement, les musulmans ont toujours continué à faire la prière, à jeûner, à accomplir le pèlerinage à la Mecque, à s’abstenir de consommer des boissons enivrantes, de voler, de tricher, etc. tout en sachant parfois qu’ils peuvent agir impunément dans ce monde, échapper à la loi des hommes.

Toutes les prescriptions relatives aux pratiques individuelles, comme la prière, le jeun, le pèlerinage sont effectuées par les musulmans. Quant aux prescriptions relatives aux liens et aux rapports sociaux, (le commerce, les relations familiales, la justice, etc.), elles trouvent leur solution chaque fois que possible, quand les gouvernants les permettent. Sinon des arrangements privés interviennent entre les parties en litige.

Loi divine et loi humaine, législateur céleste et législateur partisan

L’universalité de la Loi divine nous est donc communiquée à travers la Sharia, qui ne fait pas que dicter les règles de comportements normatives du croyant. Elle régit aussi bien les univers qui nous environnent, et que nous commençons à peine à explorer.

Plus les hommes se connaitront, plus ils seront aptes à connaître l’univers.

Toutes les lois dégagées par les disciplines scientifiques sont des lois qui n’ont pas été inventées par les hommes mais seulement découvertes par eux,  découvertes à eux parfois, par hasard, par intuition, même par des ‘’idées préconçues’’, et le plus souvent par expérimentation ou théorisation. La plupart du temps, les hommes se fondent sur certaines remarques pertinentes pour échafauder des théories scientifiques, en gardant à l’esprit que ces théories ou postulats fonctionnent tant que rien ne vient les contredire, et qu’elles apportent satisfaction. Elles doivent encore être confirmées par des années de vérification pour être admises comme des lois définitives, et être reçues comme une loi de l’univers.

Toutes ces lois existent déjà, depuis les origines. Les hommes ne font que prendre conscience de leur existence. Ils les découvrent, comme on découvre un site archéologique dans une jungle ou dans le désert.

La part de savoir humain est infime par rapport à la part encore demeurée méconnue. Le champ de notre ignorance est beaucoup plus vaste que celui de notre science.

L’ignorance de l’ignorant consiste à ne pas savoir. L’ignorance du savant consiste à savoir  qu’il ne sait pas, à identifier ce qu’il doit chercher à éclaircir, à découvrir, à se poser les bonnes questions.

Cette ignorance des savants est celle des hommes qui travaillent à lutter contre l’ignorance, contre l’obscurantisme.

C’est l’ignorance du mujtahid au sens vrai et large du terme. L’ignorance est dans ce cas le résultat du savoir. Quand on a avancé énormément dans le savoir, on  déterre beaucoup de points obscurs qui appellent à davantage de recherche ; l’ignorance est un défi permanent à relever, un aiguillon pour la science. Plus on en apprend, plus on mesure encore notre ignorance. Malgré l’immensité des découvertes effectuées par les savants de l’humanité depuis les origines, il reste que le domaine de notre ignorance demeure infiniment plus vaste que celui de nos connaissances. Notre savoir sert aussi à mesurer notre ignorance.

Dans le cas du fiqh, il est important de saisir que notre savoir est un savoir provisoire, quelque chose qui doit sans cesse être revérifié, afin de pouvoir poser une autre brique de l’édifice de la science. C’est d’ailleurs ce principe qui rend obligatoire la pratique continue de l’ijtihâd.

N’étant par définition qu’une opinion, le savoir doit être revérifié à chaque génération. C’est ce qui rend la permanence de l’ijtihâd, qui a aussi pour fonction de répondre aux questions qui apparaissent pour la première fois (les mustajiddât), comme par exemple le statut des astronautes appelés à passe de longs séjours dans l’espace.

Toute ineptie dans la science, toute mésinterprétation, toute erreur doivent être imputées au faqih, pas à la Sharia, parce que cette Sharia est parfaite, et qu’elle est la vérité révélée dont émanent toutes les autres vérités. Elle est justement ce qui est recherché et dont on se rapproche asymptotiquement. La Sharia est déjà la Loi qui régit la création et les univers. C’est parce que cette Loi nous est inconnue que nous devons faire l’effort d’en comprendre les mécanismes par étapes successives.

Exactement comme le font les savants dans les autres disciplines du savoir humain. Car la machine créée par Dieu fonctionne à la perfection. Elle est réglée pour fonctionner à la perfection...

Tout ce que nous découvrons existait déjà à notre insu, mais grâce à l’effort scientifique il fait partie de l’acquis du savoir humain. Evidemment la part d’ignorance sera toujours plus grande que la part de savoir en nous. Il s’agit d’une conscientisation des faits. Peut-être était-ce cela que voulait dire Platon quand il disait que le savoir est une réminiscence, une anamnèse.

Les occidentaux ont beaucoup fait avancer notre connaissance de l’univers et des lois qui le régissent.

Les savants ‘’n’inventent’’ pas les lois qui régissent l’univers. Ils les découvrent en projetant sur elles la lumière du savoir, et leur attribuent des noms. Elles existaient en acte. Il restait à les mettre en équation, à les formuler, à les dire dans des universités et des revues spécialisées puis à les enseigner à tous. Le savoir des hommes consiste à dire le savoir qui régit l’univers selon des lois immuables fixées par le Créateur depuis l’origine. Découvrir que la terre tourne autour du soleil, c’est découvrir quelque chose qui nous préexistait. Nous n’avons fait que lever le voile d’ignorance qui le couvrait. Parfois nous préférons garder le langage métaphorique de notre ignorance, à cause de sa beauté : nous continuons à dire poétiquement que ‘’le soleil se lève à l’est’’, parce que le vécu est parfois plus prégnant que la science. La langue des hommes est suffisamment riche pour rendre toute la palette des significations multiformes qui naissent dans leurs cerveaux et dans leurs cœurs, grâce aux métaphores, et autres figures de style. Pourtant aussi impressionnant et méritoire que soit le travail des savants, il ne consiste généralement pas moins qu’en théories, c’est-à-dire en savoir provisoire qui reste à vérifier à chaque instant, comme pour le fiqh. C’est la part de modestie humaine devant le savoir absolu de Celui qui a fixé ces Lois, de toute éternité.

C’est cela la fonction de la science: tenter de savoir la mécanique de l’univers qui existe et fonctionne depuis l’origine. Ce savoir s’accompagne aussi d’une autre discipline hautement humaine qui s’appelle la sagesse, la connaissance de l’unicité divine,  la pensée sublime.

Comme on le voit, notre savoir ne consiste en réalité en rien d’autre que découvrir le savoir de Dieu. C’est- à-dire pas grand chose, mais quelque chose quand même. Wa mâ utitum min al-‘ilm illa qalilân. C’est un trop peu qui est reconnu et apprécié par Dieu…

C’est pourquoi, certains grands maîtres de la spiritualité considèrent la science moderne comme étant subordonnée en dignité scientifique à la vraie connaissance qui est celle de la métaphysique, ce qui est au-delà de la physique, en vertu de la règle selon laquelle, le rang d’une science est plus élevé quand son objet est plus digne, plus proche du principe. L’étude des principes est supérieure à l’étude de leur application. Répondre à la question du ‘’pourquoi ’’ est plus difficile que répondre à celle du ‘’comment ?’’.

Comme l’homme est la créature qui a le privilège sur terre de dire les choses, il a été doté d’une capacité de savoir plus grande, capacité qui lui permet d’élargir son champ de connaissance par ses efforts, alors que les autres créatures ont un savoir instinctif, qui ne requiert pas d’effort de leur part et qui est fixé une bonne fois pour toutes, parce que ces créatures ne sont pas soumises au devoir religieux (taklif),  à l’obligation (pour celui qui croît) de respecter des règles qui fixent les limites à leurs actes. Il s’agit d’une conformation volontaire non d’une soumission par l’épée. L’islam n’est pas une soumission au sens général, mais une reconnaissance de la nécessité d’obéir à l’Être qui a créé tout.

De nos jours, le savoir des hommes est surtout orienté dans le sens de l’accumulation des connaissances pratiques permettant d’accroitre la puissance matérielle. Il y a une folle concurrence entre eux, chacun cherchant à avoir le dessus sur les autres.

Le savoir se rapportant aux moyens d’instaurer la paix dans le monde est négligé, disqualifié par cette course aux armements matériels.

Ce n’est pas la science qui est mise en cause, c’est l’intention qui l’anime qui est aliénante.

Dr Omar BENAISSA

Partager cet article
Repost0
Omar BENAISSA - dans Débats