28 septembre 2020 1 28 /09 /septembre /2020 14:57

Chapitre II

Le Coran, la première source de la sharia, qui sert de critère majeur

Le Coran est le livre contenant l’ensemble des paroles divines qui ont été révélées au Prophète de l’islam durant les 23 années de sa prédication à la Mecque puis à Médine. Le nom même de Coran lui a été donné par la révélation.

Il existe d’autres paroles divines que Dieu a adressées au Prophète mais qui ne font pas partie du Coran, et qui sont appelées traditions sacrosaintes (hadith qudsi) et qui ne sont pas insérées dans le texte du Coran.

Le Coran a été compilé après la mort du Prophète, sur la base des nombreuses copies plus ou moins complètes qui étaient en possession des premiers croyants. Et qui se complétaient les unes les autres. Le Coran se divise en sourates, au nombre de 114. Chacune des sourates se compose de versets qui varient en nombre. Les sourates sont classées par ordre de longueur, celles qui ont le plus de versets, de façon globale, sont placées au début.

Il existe plusieurs disciplines autour de l’étude du Coran, sur l’histoire de sa compilation, sur les lectures. Mais la science la plus célébrée est celle de l’exégèse du Coran, tafsîr, qui peut être fondée sur plusieurs dimensions du texte révélé. On s’intéresse à la grammaire du Coran, à sa langue, comme on s’intéresse à ses significations exotériques ou ésotériques (ta’wîl).

Enfin, pour notre propos, le Coran est la source principale de ce que l’on appelle la Sharia, c’est-à-dire la Loi que véhicule le Coran et qui est destinée à être suivie par les croyants qui souhaitent se rapprocher de Dieu. Les juristes ont dénombré un peu plus de 500 versets à contenu juridique direct.

Mais l’intérêt principal du Coran réside dans l’affirmation sans cesse rappelée et soulignée, du monothéisme, de l’unicité de Dieu, première loi de la Sharia, base et critère de toutes les autres. L’unité de Dieu, le tawhid, est au cœur de l’islam, de l’enseignement du Coran et du Prophète de l’islam. L’affirmation de l’unité du Dieu se situe au cœur de l’islam. La rejeter est un péché impardonnable, alors que tous les autres péchés conservent la possibilité d’une rémission.

Comment lire le Coran ? La réponse la plus sage aujourd’hui consisterait à dire : comme un livre ouvert. Au propre et au figuré. Au propre, car il y a malheureusement trop d’intervenants au sujet de l’islam qui n’ont jamais ouvert le Coran, ou qui tentent même le chemin inverse, comprendre le Coran à partir du vécu des musulmans. Cette lecture serait légitime à certains égards, comme technique d’interprétation. Mais elle ne saurait être intellectuellement honnête, que si elle est complétée par l’autre.

Au figuré, ce texte fondateur de l’Islam, a été révélé dans une langue spécifique, la langue arabe, à un peuple qui comprenait cette langue, les arabophones du Hijâz et de la péninsule arabique. Cela ne contredit pas l’universalité de son message. Jésus aussi parlait dans une langue qui était comprise par ses concitoyens, (araméen ?), mais son message ne s’adresse pas qu’à eux.

Une des conditions pour l’acquisition des sciences du Coran, ‘ulûm al-qur’ân, est donc une bonne connaissance de la langue arabe. L’arabe, comme toute langue, n’est pas une simple liste de mots qui auraient un sens unique définitif et figé. Elle est un corps vivant : elle possède ses formes d’expressions spécifiques et ses figures de styles. Le Coran recourt aux genres littéraires, principalement à l’exhortation et au récit, car en tant que message divin, il renseigne les hommes dans un but d’édification. Il recommande des actes et en interdit d’autres. Il recourt à l’argumentation, il promet, il met en garde, etc.

Lire le Coran aujourd’hui

Parlant de lui-même, le Coran dit : « … une noble lecture… que touchent seulement les purifiés. » (LVI, 77-79) Comment faut-il comprendre cette phrase ? S’agit-il d’une injonction ou bien d’un constat ? La différence est de taille. La deuxième interprétation serait presque le contraire de la première. L’injonction serait comprise ainsi : « Il faut vous purifier avant de toucher le Coran », alors que la deuxième signification serait : « Seuls ceux qui sont Purifiés, sont à même de toucher le Coran, c’est-à-dire que tous ceux qui touchent le Coran deviennent purs. » Autrement dit, s’agit-il d’une sommation rituelle ou d’un énoncé de principe ?

Cette antinomie a nécessité et justifié la distinction entre l’exotérique et l’ésotérique, le sens apparent et le sens caché. Dans le premier cas, le Coran est désigné comme un objet matériel. C’est le texte écrit ou imprimé sur un support quel qu’il soit. Le second cas nous met en revanche face à un sens du mot tout à fait autre. C’est un Coran en acte, un Coran âme et esprit du monde. Il s’agit du Coran, comme pouvoir actif d’interprétation et de signification du monde. Cela pourrait être le Prophète lui-même dont une célèbre parole dit que « son caractère était le Coran ». Seul un homme ayant atteint la pureté spirituelle du Coran peut en « toucher » le sens, par son esprit.

Pour surmonter la contradiction apparente entre les deux interprétations, la solution proposée est bien de les valider toutes les deux, en donnant bien entendu la préséance au sens obvie du texte, au sens qui vient spontanément à l’esprit du commun. Et de fait le musulman, ordinaire ou très cultivé, évitera de toucher une copie du Livre saint, sans avoir au préalable fait ses ablutions rituelles.

Mais ceci ne suffit pas à assumer pleinement le sens du verset – car comment expliquer alors que tant de musulmans ou de non-musulmans, ignorant cette injonction ou n’en tenant pas compte, touchent chaque jour des copies du Coran, sans s’être au préalable purifiés ? Force nous est alors d’admettre le second sens, de le privilégier même, tout en continuant à marquer son respect pour le Livre saint.

La question de la Loi (Shari’a)

Il existe deux sortes de lois divines :

Celles que nous recevons de Dieu en tant que commandements de notre conduite, et auxquelles nous nous soumettons de bonne grâce, et qui nous valent de mériter auprès de Dieu. Ces commandements s’adressent à tous les hommes y compris à ceux qui les rejettent, parce que la mission du Prophète concerne tous les êtres humains. Ils sont la Règle divine concernant les actes humains. Même si quelqu’un se dit mécréant ou athée, cela ne le dispense pas d’avoir à répondre de ses actes devant Dieu. La loi divine lui sera appliquée, car elle n’est pas spécifique aux seuls croyants.

Et celles qui se découvrent à nous par l’effort accompli par tous les hommes, croyants ou pas, visent à mieux connaitre la nature et l’univers.

Si les premières participent à l’édification de l’homme, à la réalisation de sa mission sur terre, les secondes nous révèlent partiellement l’ordre caché qui régit l’univers qui n’est chaotique que pour l’ignorant. Les premières mettent l’homme en harmonie avec l’univers et l’environnement.

Car l’homme est à l’origine un univers en miniature, un microcosme, alors que l’univers est un homme en grand, un macrocosme. Il y a une correspondance insécable entre les deux.

Dieu a donné à l’homme tout l’univers à coloniser.

Wa sakh-khara lakum mâ fi al-samawât wal-arz.. (Coran, )

Exemples de versets coraniques relatifs à la sharia

La racine sha,ra,‘, apparait à cinq reprises dans le Coran, une seule fois sous la forme sharî‘a, transcrite en sharia ou charia en français.

Une fois, au verset 48 de la sourate 5 al-mâ’ida :

[5:46] Hamidullah (voir aussi les versets précédents)

Et Nous avons envoyé après eux Jésus, fils de Marie, pour confirmer ce qu’il y avait dans la Thora avant lui. Et Nous lui avons donné l’Evangile, où il y a guidance et lumière, pour confirmer ce qu’il y avait dans la Thora avant lui, et une guidance et une exhortation pour les pieux.

[5:47] Hamidullah

Que les gens de l’Evangile jugent d’après ce qu’Allah y a fait descendre. Ceux qui ne jugent pas d’après ce qu’Allah a fait descendre, ceux-là sont les pervers.

[5:48] Hamidullah

Et sur toi (Muhammad) Nous avons fait descendre le Livre avec la vérité, pour confirmer le Livre qui était là avant lui et pour prévaloir sur lui. Juge donc parmi eux d’après ce qu’Allah a fait descendre. Ne suis pas leurs passions, loin de la vérité qui t’est venue. A chacun de vous Nous avons assigné une législation et un plan à suivre. Si Allah avait voulu, certes Il aurait fait de vous tous, une seule communauté. Mais Il veut vous éprouver en ce qu’Il vous donne. Concurrencez donc dans les bonnes œuvres. C’est vers Allah qu’est votre retour à tous; alors Il vous informera de ce en quoi vous divergiez.

[5:49] Hamidullah

Juge alors parmi eux d’après ce qu’Allah a fait descendre. Ne suis pas leurs passions, et prends garde qu'ils ne tentent de t’éloigner d’une partie de ce qu’Allah t’a révélé. Et puis, s’ils refusent (le jugement révélé) sache qu’Allah veut les affliger [ici-bas] pour une partie de leurs péchés. Beaucoup de gens, certes, sont des pervers.

[5:50] Hamidullah

Est-ce donc le jugement du temps de l’Ignorance qu’ils cherchent? Qu’y a-t-il de meilleur qu’Allah, en matière de jugement pour des gens qui ont une foi ferme?

Une deuxième fois, au verset 163 de la sourate al-a’râf :

[7:163] Hamidullah

Et interroge-les au sujet de la cité qui donnait sur la mer, lorsqu’on y transgressait le Sabbat! Que leurs poissons venaient à eux faisant surface, au jour de leur Sabbat, et ne venaient pas à eux le jour où ce n'était pas Sabbat! Ainsi les éprouvions-Nous pour la perversité qu’ils commettaient

Une troisième fois au verset 13 de la sourate al-shûra :

[42:13] Hamidullah

Il vous a légiféré en matière de religion, ce qu'Il avait enjoint à Noé, ce que Nous t'avons révélé, ainsi que ce que Nous avons enjoint à Abraham, à Moïse et à Jésus: «Etablissez la religion; et n'en faites pas un sujet de divisions». Ce à quoi tu appelles les associateurs leur paraît énorme Allah élit et rapproche de Lui qui Il veut et guide vers Lui celui qui se repent.

Une quatrième fois, au verset 21 de la sourate al-shura :

[42:21] Hamidullah

Ou bien auraient-ils des associés [à Allah] qui auraient établi pour eux des lois religieuses qu’Allah n’a jamais permises? Or, si l’arrêt décisif n’avait pas été prononcé, il aurait été tranché entre eux. Les injustes auront certes un châtiment douloureux.

Enfin, une cinquième fois au verset 18 de la sourate al-jâthiya :

[45:18] Hamidullah

Puis Nous t’avons mis sur la voie de l’Ordre [une religion claire et parfaite]. Suis-la donc et ne suis pas les passions de ceux qui ne savent pas.

Voir aussi la racine qasas

Versets sur la racine fqh

L’intégrisme :

L’attitude qui consiste à exclure tout autre sens que le sens immédiat, c’est cela l’attitude intégriste. Ce n’est pas seulement une attitude religieuse, loin s’en faut. C’est une attitude humaine, trop humaine. Simple ignorance, elle s’appelle bigoterie ou foi du charbonnier. Mais quand elle aspire au pouvoir pour imposer sa règle, elle s’appelle intégrisme. L’intégrisme est une déformation de l’esprit, un mauvais pli de l’esprit qui se rencontre dans tous les systèmes de pensées, philosophiques ou religieux, politiques ou économiques. Il est suscité souvent par la peur ou la faiblesse des arguments, et par un déséquilibre dans la croyance.

Ce n’est donc pas pour avoir trop médité leurs livres saints que certains croyants deviennent intégristes. Bien au contraire, c’est parce qu’ils ne le lisent pas assez… L’intégrisme n’est pas dans le texte, mais dans l’esprit du mauvais lecteur.

La découverte et l’acquisition des différents sens du Coran demandent du temps, et aussi une adaptation de la psychologie de façon à la rendre conforme au savoir acquis. « Dieu n’impose à une âme que selon sa capacité… » (II, 286) Plus sa capacité sera étendue, plus Dieu lui imposera. Seuls ceux qui le méditent longtemps connaissent donc le Coran. « Mais seuls craignent Dieu, parmi Ses adorateurs, ceux qui connaissent. » (XXXV, 28). La connaissance de Dieu pousse à Sa crainte. Il s’agit ici pour le croyant de la crainte révérentielle mais aussi de la peur vis-à-vis d’un être Tout-puissant.

Plus on a de savoir et de foi, plus on se prémunit, comme traduit à raison Jacques Berque. Et inversement, moins on en sait, plus on ose…

Pour celui qui sait, il est évident que la foi ne relève pas de la contrainte.

« … Que croie celui qui veut, que dénie celui qui veut... » (XVIII, 29)

« Point de contrainte en matière de religion : droiture est désormais bien distincte d’insanité… » (II, 256)

Loi divine et liberté

Pour le Coran, la vraie liberté est celle que l’on expérimente en conséquence du choix que nous faisons de croire (de s’éloigner de la mécréance) ou de ne pas croire. C’est un acte permanent qui vise à se maintenir dans la « droiture » de l’axe divin. On n’est libre que dans la mesure où nous avons le discernement. Prendre Dieu au sérieux, telle pourrait se résumer la devise du croyant. Affirmer que l’on nait libre est un beau slogan dans le style romantique. Car il s’agit d’une déclaration de principe. Il reste encore à concrétiser cette liberté. C’est donc un programme pour une vie, une situation fragile, une conquête que l’on risque de perdre à tout instant. Cela demande toute la puissance de la foi.

‘’Rien n’est jamais acquis à l’homme…’’

On est libre de suivre n’importe quel chemin si l’on se moque de sa destination. Mais celui qui a un but clair, qui prend la parole de Dieu au sérieux, cherche le chemin le plus court qui y conduit.

Dieu est à égale distance des hommes. Et « Nous (Dieu) sommes plus proche de lui (l’homme) que sa veine jugulaire » (L, 16) Mais les hommes ne sont pas à égale distance de Dieu. Il en est qui s’éloignent, très loin même, mais qui ne sont jamais hors de Son regard et de Son emprise.

La religion, au sens de l’obéissance à Dieu, est choisie librement, sinon elle ne prend pas racine dans le cœur. Acte superficiel, elle s’expose à un rejet constant de la part du cœur qui n’y trouve pas sa sérénité. « Irions-nous vous les imposer contre votre volonté ? » (XI, 28)

Sans l’amour, sans l’adhésion du cœur, la Loi n’aurait pas de sens. «… Si vous aimez Dieu, suivez-moi pour que Dieu vous aime et vous pardonne vos péchés… » (III, 31). Autrement dit : « L’amour pour Dieu que vous avez dans votre cœur ne sera cohérent et méritoire que par l’obéissance active à la Loi que je vous apporte. » De ce point de vue, le Prophète est la Loi incarnée. Il est aussi la Voie qui conduit à Dieu. D’où la règle de l’imitation pratique du Prophète, et comme critère de la foi droite. Ici, transgresser la Loi religieuse a la même conséquence que transgresser une loi de la physique par exemple : si vous voulez tenter de défier la loi de la gravitation, vous retomberez comme un caillou. De même si vous ingérez un poison, vous risquez la mort.

Dieu a créé le monde par amour. Il S’y contemple, Il contemple les manifestations de Ses Noms. Il conseille à l’homme de faire l’effort de Le connaitre à travers Ses Noms et Attributs, de les imiter afin de s’en parer en réalisant leurs significations. Celui qui refuse d’assumer les Noms et qualités de Dieu, dira : ‘’Dieu seul peut tout, Dieu seul sait, moi-même je suis incapable, je ne détiens rien.’’ Il trouve ainsi prétexte à l’immobilité et au scepticisme en affirmant la transcendance et la toute-puissance divine. Certes, c’est Dieu qui en dernière analyse est le décideur et l’agissant en toute circonstance. Sa volonté ne saurait être contournée. Mais cette personne attribue à Dieu d’être la cause de son désistement de la mission que Dieu lui a confiée. Il prétend affirmer la transcendance de Dieu, mais il ne fait que dissimuler son refus de suivre le chemin de la perfection humaine. Car Dieu veut des êtres humains qui se réalisent, qui réalisent les meilleures performances dans la ‘’fuite vers Dieu.’’ C’st cela l’imitation qu’Il nous commande. Ses Noms sont là pour nous indiquer le chemin à suivre. Nous L’invoquons par eux. ‘’Acquérez les caractères de Dieu…’’, dit une célèbre tradition (takhallaqû bi-akhlâq Allah). On ne peut connaître l’Essence de Dieu, mais seulement Ses attributs et qualités.

La quête de la science est inscrite dans l’essence de l’homme, du fait même que la liberté s’obtient par la science sacrée, comme l’enseignent toutes les doctrines spirituelles.  

La liberté de l’homme découle de sa quête de la science. Chercher à savoir plus, c’est reconnaitre son ignorance. Or l’ignorance, l’ensemble des choses que nous ignorons, ne cesse pas de croitre au fur et à mesure que nous apprenons. Chaque fois que nous découvrons un secret de l’univers, ou de notre réalité intérieure, chaque fois que nous parvenons à une partie plate de la montagne, nous voyons poindre au-dessus de nous d’autres cimes qui nous appellent à relever le défi de la conquête.

C’est ce désir de savoir qui nous mobilise, qui est derrière le mouvement. En effet, nous ne vivons pas dans un ‘’paradis’’ où chacun recevrait directement chez lui le savoir, comme un service public, où les hommes n’auraient aucun défi à relever, pour s’affirmer par rapport à leur congénères. Nous vivons dans un univers d’émulation. Ce mouvement constitue notre manière d’exercer notre libre arbitre. Ainsi donc c’est parce que nous savons que nous ignorons des choses et qu’il y a des choses à découvrir que nous bougeons. L’ignorance savante est le moteur de l’histoire. Toute la science des hommes a consisté à sortir de l’ombre de l’ignorance un savoir resté longtemps en puissance.

Si nous savions tout de notre destinée, heure par heure, jour par jour, nous n’éprouverions aucune envie de faire quoi que ce soit. Puisque tout nous serait donné d’emblée. C’est là que paradoxalement, la liberté n’aurait aucun sens. Or fort heureusement, ce destin nous est caché ! Nous l’ignorons. C’est donc, grâce cette ignorance voulue par Dieu, qui nous sert de moteur, de motivation pour agir. Nous n’aurions pas cherché à savoir, si on savait déjà tout. Si nous savions par avance tout, le mouvement de l’âme et celui de l’esprit stopperaient net.

Chercher la science est donc une nécessité, pas seulement pour ce que cela procure comme joie, mais c’est un acte d’imitation de Dieu, le plus sublime qui soit. Au lieu de se contenter de ‘’Dieu sait tout, moi je ne sais rien’’ et rester les bras croisés. Lâ ‘ilma lanâ illâ mâ ‘allamtana.

On peut au contraire se rappeler chaque matin, que puisque Dieu sait tout, c’est alors chez Lui que je m’en vais quérir le savoir avec Sa bénédiction. Comme on L’implore pour ‘’le pain de ce jour’’, ‘’la santé de ce jour’’, demandons-Lui aussi le ‘’savoir de ce jour’’, qui est la nourriture de l’être.

C’est d’ailleurs pour nous aider à nous concentrer sur Sa quête, la quête de Son agrément, que Dieu ne nous révèle pas d’emblée notre destinée. Il nous priverait du bonheur immense que procure une découverte dans le monde sensible aussi bien que dans le domaine spirituel.

Le Coran dit de lui-même qu’il est ‘’un remède pour les hommes’’. Si les hommes veulent se soigner de leur angoisse existentielle, ils doivent s’engager sur la voie au terme de laquelle ils se libéreront de la charge qui alourdit leur pas. Suivre Dieu, Lui obéir, c’est s’alléger de sa propre inertie. Un dépendant à la boisson ou à la drogue qui fait l’effort de résister à la tentation de ses démons, se ‘’libère’’ de ses tendances mortelles. Se libérer, c’est apprendre à reconnaitre son statut de créature.

Certes la Loi divine doit s’exécuter. Mais quelle loi n’est pas de Dieu ? Dieu serait-il hors du monde, alors qu’« à Lui se soumettent tous les habitants du ciel et de la terre, bon gré mal gré, et qu’il sera fait d’eux à Lui retour » (III, 83) ? Pour un musulman, la loi de la gravitation est aussi une loi divine. Il n’y a pas conflit entre la nature et la culture, entre la science et la foi, l’intelligence et la révélation. Les lois de l’univers s’appliquent depuis la nuit des temps. Les hommes ne font que les ‘’découvrir’’ par leurs efforts de science. Que l’homme les connaisse ou les ignore, elles seront toujours là.

Il se dégage ainsi un autre sens du mot islam, envisagé comme la loi qui régit l’univers, loi à laquelle tout est soumis. Il y a une présence active de Dieu dans le monde. Il faut donc affirmer Sa suprématie, en dépit des apparences qui nous font penser parfois que Dieu est désobéi, que Sa volonté n’est pas faite. La création est répétée à chaque instant. Et chaque instant est le début de la création. C’est cela qu’implique la présence active de Dieu dans le monde. Son action nous est connue à travers ses plus beaux Noms. Et Dieu s’est prescrit l’amour, la miséricorde, al-Rahma.

L’ordre divin se révèle de deux manières. La première concerne l’univers : ce dernier obéit forcément à la volonté de Dieu. En ce sens, Dieu n’est jamais désobéi : l’univers est « musulman » car il est soumis à Dieu. Rien n’échappe à l’ordre divin, à Sa volonté. L’univers est parfait, car il émane de la volonté parfaite de Dieu. C’est l’imperfection inhérente à notre perspective qui nous le rend imparfait : ce que voit l’aigle planant dans le ciel est différent de ce que perçoit la grenouille coassant dans la vallée.

La soumission à Dieu de l’ensemble de l’univers est désignée par les docteurs, ulémas, par l’expression amr takwînî, c’est-à-dire le commandement divin en vertu duquel l’univers est soumis à Sa loi, du fait même que l’univers émane de Sa volonté créatrice : Dieu ne crée pas quelque chose qui pourrait échapper à Sa suprématie. Cette soumission concerne la création de façon générale.

La deuxième expression de l’ordre divin concerne les prescriptions religieuses que Dieu propose aux hommes qui croient en la mission prophétique, comme un moyen d’atteindre la perfection. « Vous avez en l’Envoyé de Dieu un beau parangon… » (XXXIII, 21). Pour connaître Dieu, il faut suivre les prophètes. Les hommes ont besoin de guides.

Cette seconde sorte d’ordre divin est désignée comme amr tashrî’î, commandement légiférant, et concerne les prescriptions religieuses énoncées par Dieu pour guider les créatures douées d’intelligence qui ont conscience que le respect des rites prescrits sont dans leur intérêt. Il s’agit ici de quelque chose auquel les hommes adhèrent en toute conscience ou rejettent en toute conscience.

Les prescriptions religieuses sont à entendre comme des prescriptions au sens médical, non comme des obligations abstraites. Il faut être convaincu de leur efficacité pour s’y conformer. Si vous voulez réaliser votre perfection, atteindre Dieu, alors faites telle et telle chose, évitez telle et telle autre, en toute liberté, de pleine adhésion de votre part. Comme s’il s’agissait de suivre à la lettre une ordonnance médicale. Ce qui est visé c’est d’imiter le Prophète. Ce n’est pas pour nous entraver, ou nous mettre dans la gêne, que Dieu nous prescrit Ses lois, c’est bien le contraire, c’est pour nous rapprocher de Lui.

Ces deux idées se résument ainsi : l’univers est un grand Coran, et le Coran est un univers en miniature, et les deux sont des paroles divines. Le Coran est l’image du monde, à chaque instant.

En tant qu’unité intégrante de l’univers, l’homme est soumis à la Loi divine, bon gré mal gré. En tant que croyant, il agit librement en optant pour l’observance des prescriptions religieuses. En tant qu’athée, il donne la preuve a contrario de ce qu’hors de Dieu, il n’y a qu’égarement.

 

 

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Omar BENAISSA