9 décembre 2020 3 09 /12 /décembre /2020 17:49

 

 

Le Ahad d’en haut (du début) n’a pas besoin de l’aide du ’ahad d’en bas (de la fin). Mais il y a une analogie, une homonymie voulue qui donne à penser, entre le ’Ahad initial de la sourate et le ’ahad final.

Le ’ahad d’en bas possède lui aussi une ahadiyya qui est l’image, non, la correspondante de l’unicité divine, ’ahadiyya céleste. Les deux ’ahad sont indéterminés, inconditionnés. L’Un fait le plein, Samad, l’autre fait le vide, le rien, le néant

La ’ahadiyya d’en bas est mentionnée pour être niée. Seule EST la ’ahadiyya première. Mais elle l’est de façon qu’elle peut tout au plus être nommée, échappant à toute connaissance par les créatures. Ce qui explique la brièveté de la sourate. Si un seul verset s’y était ajouté la sourate aurait tout fait connaître, tout révélé. On ne peut pas définir Dieu, autrement que par la reconnaissance que nous ne pouvons pas le définir. Définition apophatique qui serait devenue cataphatique si elle s’était prolongée d’un seul verset. Trop de négations composent une affirmation. A force d’énumérer ce que Dieu n’est pas, on finit par affirmer ce qu’Il est.

Kufu est le nom, en égyptien hiéroglyphique, de Khéops, le pharaon de la grande pyramide. Ce pharaon se prétendait sans doute l’égal de Dieu.

Dans le Fusûs al-Hikam, Ibn Arabî a rattaché la sagesse samadiyya au  prophète silencieux, Khâlid ibn Sînân, dont on ignore même l’année de sa mort, et le lieu où il s’est manifesté ou plutôt où il a vécu. Toutes des indications de son désir d’être non seulement silencieux, lui-même mais qu’il y ait un silence à son sujet[1]. Comme cette sagesse impliquait le silence, ce prophète ne parla pas. Il fut un prophète silencieux, sans message, sans prophétie.

Par conséquent, nous pouvons admettre que cette sourate fait connaître Dieu à partir de l’enseignement des quatre derniers prophètes :

Qul: Dis. On pourrait aussi traduire par : réponds-leur. Car cette sourate serait une réponse à une question posée au Prophète par des israélites de la Mecque demandant : Fais-nous connaître ton Dieu.

Huwa Allah Ahad : partie de la sourate correspondant à Muhammad ibn ‘Abdullah. En recevant l’ordre ‘’qul’’, de révéler ce point, Dieu nous indique que Muhammad a reçu la capacité de connaître et de révéler le sens de Huwa et de Ahad et il le connait bien. En tout cela, Muhammad reste un serviteur fidèle de Dieu (Abd Allah). Premier degré de l’absoluité divine.

Allah al-Samad : Khâlid ibn Sînân (samad proche de samt, silence de la parole, de ce qui est plein, qui ne résonne pas, qui ne contient pas de creux. Idée d’absolu.) Par son silence, Khâlid a représenté la samadiyya. Deuxième degré de l’absoluité divine.

Lam yalid wa lam yûlad: ‘Isa ibn Maryam. Dieu donne la vie, sans l’avoir reçue Lui-même, et Il n’enfante pas. Il donne la vie, comme Il l’a donnée à Adam, sans père ni mère. Troisième degré de l’absoluité divine.

Wa lam yakun lahu kufu’an ahad : On dit que Moïse, Mûsa ibn ‘Imrân, eut affaire, paraît-il, avec le pharaon Khéops (kufû, en égyptien hiéroglyphique), celui dont la plus grande pyramide d’Egypte, est le tombeau. Dieu règne sans partage. Pharaon, n’est qu’une créature comme les autres. Dieu n’a pas besoin d’associé. L’absoluité divine (premier Ahad de la sourate) abolit la fausse absoluité de Pharaon (dernier ahad apparaissant à la fin de la sourate. Le ’ahad final n’est que la manifestation de la continuité du premier ‘Ahad. Le ’ahad nié à Pharaon retourne à Dieu. Pharaon ne peut prétendre à rien. Quatrième degré de l’absoluité divine.

Le Prophète, en tant que sceau de la prophétie est la totalité des quatre enseignements, et l’héritier de tous les prophètes avant lui.

Moïse est un homme de colère, de sainte colère, bien sûr. En colère pour Dieu et contre son peuple, toujours à se lamenter, qui faillit à sa promesse de lui obéir.

Ghazbâna asifan… (sourate 7, verset 150)

Wa lammâ sakata al- ghazabu…. (Sourate 7, verset 154)

Le Dieu de la Tora est un Dieu courroucé. Parce que rien ne déplait plus à Dieu que de Lui associer des divinités, comme le fait Pharaon qui se déclare seigneur. Moïse est en colère pour plaire à Dieu, pour obéir à Dieu, pour imiter Dieu.

Le Dieu de l’islam est un Dieu miséricordieux, et le devoir de Muhammad  était de l’imiter. En cela il n’y a pas de supériorité,  car la colère comme la bonté sont des qualités divines, qui s’appliquent chacune selon les circonstances et la volonté divine.

Avec le Prophète de l’islam, c’est la soumission, le calme des croyants. La caractéristique du Prophète est la bonté, la clémence, rahma. Il est une rahma pour les univers, rahmatun lil-‘âlamîn. Elle lui est spécifique, et couvre tous ceux qui le suivent. Dieu le qualifie de rahîm, deuxième attribut divin, après celui de Rahmân qui est réservé à Dieu. La Rahmâniyya, est propre à Dieu et couvre toutes les créatures sans exception. C’est par elle que Dieu entretient la création, sa survie, sa subsistance. L’univers provient du souffle divin, nafas al-Rahmân..

Pourquoi est-il dit : qul (dis), au lieu de commencer la sourate directement par Huwa Allah ahad… « Moi, Dieu, Je suis Un… »  Sans doute parce que ce qui va  être révélé ne peut être transmis que par une personne créée. L’Incréé transmet par le moyen du créé. Ici, c’est le Prophète. Intéressante explication à ce sujet donnée par Shams Tabrizî, le maître de Rûmî :

« Dis :’’Lui, Dieu est Un’’ (Coran 112) L’indication concerne qui ? Non, ainsi c’est plus subtil. « Dis : ‘’Moi, Dieu (Je suis) Un.’’, c’est froid : donc ‘’subhânî’’ (‘’Louange à Moi’’), comme c’est froid ! En ces mots (du Coran), il n’y a aucune parole dite à mi-mots (nefâq).

Ils ne comprennent pas ceci à sa valeur : « Te tenir en grande affection, ô Nôtre serviteur particulier, c’est Nous tenir en haute affection et c’est exalter Notre divinité. » Il dit : « Dans votre intérêt, Nous jetâmes dans ce piège Notre serviteur et faucon blanc. » Enfin, reconnais la marque du faucon du Sultan[2] ! »  Shams nous enseigne qu’il vaut mieux dire comme le Prophète Muhammad : « huwa Allah ahad » que proférer des paroles comme celles de Mansûr Hallâj (Anâ al-haqq !) ou de Bayazid Bistâmi (Sobhânî). En chargeant le Prophète de nous le dire (début de la sourate 112, par qul (dis !), Dieu a montré tout à la fois Son affection pour l’Envoyé, et exalté Son Nom, car on ne peut Le connaître que par Sa huwiyya, Son ipséité, exprimée par le pronom à la troisième personne, huwa. Muhammad est supérieur à Hallâj et Bayazid. Il  veut rester un serviteur (‘abd) de Dieu, et ne se laisse pas aller à prononcer des paroles extatiques.

La ’ahadiya, unité absolue, est silencieuse, elle ne respire pas de façon que les hommes puissent en ressentir le souffle. Elle est pleine d’elle-même. Au degré de la ‘ahadiyya divine, rien n’est encore manifesté. Le respir divin ne viendra qu’avec la manifestation, par l’expansion du nafas al-rahmân.

Dieu ne dit donc pas : « Je suis Allâh, l’Un absolu, le Plein… » Il donne au Prophète l’ordre de parler de Lui à la troisième personne, huwa Allah.

Il ordonne à Muhammad de Le ‘’définir’’ de Le faire connaître, pour éviter que les gens ne décèlent une faiblesse dans la cohérence de la parole coranique. On ne peut parler de la ‘ahadiyya que comme on le fait de l’Ipséité divine (Huwiyya), c’est-à-dire à la troisième personne, Huwa, prononcé aussi Hû !

Il dit qul huwa Allah Ahad, huwa est le pronom de la troisième personne, Celui dont on parle, qui est absent (à notre perception par les sens), invisible, ghayb.

Pourquoi alors demande-t-Il à Muhammad de nous le dire? Parce que l’Envoyé est le nom correspondant au degré de la ‘ahadiyya. Seul lui peut nous en informer.

Avec Moïse, il y a combat contre le nafs de la tyrannie pharaonique, et pour l’affirmation du Dieu créateur. L’ordre temporel de la sourate 112, dans le temps des hommes, devait commencer par l’évocation de Moise. Mais elle suit l’ordre de l’Essence divine, ahadiyya, jusqu’à Moise. Si elle inclut Moise, c’est parce que la sourate a été révélée en réponse à une question d’un ou de plusieurs israélites qui ont demandé au Prophète : décris-nous ton Seigneur !

Avec Jésus, il y a combat avec la tentation de la divinisation de l’homme, ou de l’incarnation de Dieu en l’homme.

Avec Khâlid ibn Sinân, c’est le silence, le jeûne de la parole qu’observa  Marie sur ordre de Dieu. Dieu voulut que de ce prophète on ne garde que le nom. Il voulut qu’il soit la réalisation de la parole de Marie : « Si seulement j’étais oubliée complètement ». Khâlid se tut, ne prêcha pas. Il garda tout pour lui, en lui, pour expérimenter la capacité au silence, et la suffisance de Dieu (samadiya). Dieu est la plénitude. Il est le prophète de la plénitude.

Dieu n’a pas besoin des hommes. Il envoie des prophètes par Sa bonté. Dieu a marqué une pause dans la prophétie, entre la venue de Jésus et celle de Muhammad (salam aux deux). Khâlid est le prophète de ceux qui croient en Dieu, et qui cachent leur foi. Ce sont les croyants de la Fitra.

Il fit ‘’se taire’’ Khâlid pour que les hommes gardent leur souffle dans l’attente de la venue du sceau des prophètes, et réserver un accueil plus fort et plus soutenu à Muhammad. Car le Sceau a besoin de la force totale des croyants, de tous les croyants. En même temps qu’ils gardent leur souffle, pour s’initier au sens de la ’ahadiyya qui sera bientôt révélé au Prophète de l’islam.

C’est l’islam qui a accompli le monothéisme dans son intégralité. Les prophètes antérieurs ont appelé leurs peuples respectifs à ne rendre de culte qu’à un Dieu unique. Mais les communautés finissaient par retomber dans le polythéisme. Même le peuple de Moïse demande à ce dernier de leur confectionner un veau d’or’’. Le christianisme aura du mal à se faire une place au monde. Il sera contraint de coexister avec le paganisme romain.

Si Dieu avait voulu…

 

[1] Il existe en Algérie, au sud de la ville de Biskra, un village appelé Sidi Khâlid, où se trouve un tombeau connu pour être celui de ce prophète. Serait-il un prophète berbère ? Je ne saurais le dire.

[2] Page 341, (paragraphe 276, 8-13)

 

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Omar BENAISSA