10 mars 2021 3 10 /03 /mars /2021 13:28

Introduction à l'article consacré au commentaire de quelques versets coraniques 

 

Depuis que les hommes existent, ils ont toujours commenté oralement d’abord, puis par écrit, les enseignements de leur savoir littéraire, religieux ou scientifique. Une attention spéciale est accordée aux textes sacrés,  dans les religions aussi bien polythéistes que monothéistes.

Aucun commentaire ne pourrait être fait de n’importe quelque texte, y compris un texte religieux, si l’on n’accepte pas que la langue dans laquelle cette religion s’exprime est la langue même de ceux à qui cette religion a été adressée, à l’origine. Si on considère que la langue coranique est unique en son genre et n’est donc pas accessible aux hommes, cela reviendrait à dire que cette religion n’aurait jamais d’adeptes. Fort heureusement, les langues peuvent être étudiées et sont traduisibles les unes vers les autres, car la race humaine est unique.

Un lien s’établit donc rapidement entre les hommes et peuvent échanger leur expérience de la foi et de leur Dieu.

Dieu parle aux hommes avec leur langue. Et les hommes après tout, s’adressent tous chacun avec sa langue maternelle, ou la langue qu’il maitrise, dans les cas de multilinguisme. En français ou en berbère, en anglais ou en chinois, en japonais ou en indonésien, etc.

Je ne connais de l’arabe, sans prétention à l’excellence, que la langue coranique. Je suis incapable de lire la presse arabe, tant elle contient et diffuse de néologismes mal conçus. La littérature arabe ‘’profane’’ est sans cesse discréditée, écrasée, par la langue du Coran. Pour être sincère, je ne lui trouve aucune grandeur. Cela se vérifie d’ailleurs par le nombre de livres publiés annuellement dans le monde arabophone. C’est une langue d’éloge des rois et des tyrans, ou de la satire pour s’en prendre aux autres. Très peu de poésie échappe au genre dithyrambique.

La meilleure langue de l’islam, après celle du Coran, est le persan. En particulier dans la poésie mystique.

Jalâl al-Dîn Rûmî (mort en 1272-73) a produit une œuvre qui témoigne, s’il en est besoin, que les Persans sont les héritiers de la sagesse islamique. Saadi et Hafez complètent le podium. Il y en a d’autres. Le génie perse est immense et divers.

Un texte s’interprète d’abord selon le sens premier, littéral, des mots qui le constituent. C’est pourquoi la règle est de toujours faire prévaloir ce sens littéral, avant de lui envisager des sens figurés, dont le pourvoient l’usage ainsi que la littérature qui joue le rôle de diffuseur des expressions et termes nouveaux, élargissant du même coup leur champ sémantique.

Le Prophète avait prévenu les premiers musulmans que les Perses seront parmi ceux qui donneront une continuité à son savoir, son message. Ibn Khaldûn (mort en 1406) en témoigne dans sa ‘’Muqaddima’’, dans un chapitre intitulé : Chapitre traitant de ce que la majorité des savants de l’islam sont des gens de Perse.

L’occident de l’islam, l’Andalousie et le Maghreb, ont eux aussi contribué pour la partie restante. Avec le seul nom d’Ibn Arabî, (il y en a d’autres) l’aire berbère a apporté la contribution qui lui revenait.

À ma connaissance, les Arabes n’ont pas contribué de façon remarquable à l’essor de la civilisation. Aucun arabe n’est l’auteur d’un commentaire du Coran. Le Coran se refuse à livrer Son secret à des êtres ingrats. Il le réserve aux humbles et aux reconnaissants.

Quand Dieu parle, les hommes doivent se taire et écouter et, si possible, obtempérer. Comme le firent les premiers arabes qui furent frappés par l’impossible imitabilité de l’expression coranique.

Le travail que je présente ici aux aimables lecteurs et lectrices est le résultats de plusieurs années de remarques que j’ai notées au cours de mes lectures successives du Livre sacré de l’islam. Il m’arrive de ne pas consigner, des mois durant, mes inspirations. Je les laisse s’échapper, aller libres, vers quelque autre esprit plus rapide à les saisir, ne serait-ce que par reconnaissance de ma part de ne pouvoir cerner la totalité du sens.

Celles que j’ai notées et capturées par l’écrit, méritent déjà néanmoins une attention. Les pensées des hommes sont celles qu’ils ont réussi à capturer grâce aux pièges de la mémoire et de l’écriture. C’est ainsi qu’elles sont transmises de génération en génération.

Si cela fait des années que je note ce qui nourrit et aère mon esprit en lisant le Coran, cela ne veut pas dire que j’y ai consacré un long temps, somme toute.

Il m’est arrivé de laisser passer des mois, sans que je rouvre le fichier word que j’ai intitulé par abréviation al-I‘tirâf, (la reconnaissance) me contentant de lire sourate après sourate juste pour mon plaisir, sans songer à noter quoique ce soit. Car lire le Coran est une véritable source de joie, de larmes de joie aussi, que génère son pouvoir d’expression.

J’avais projeté de noter mes commentaires en prose rimée. Mais j’avoue que je me suis vite rendu compte que cela dépasse mes compétences.

Qâla Rasûl Allah (SAW) :

 « Anâ madînat al-‘ilm wa ‘Aliyyun bâbuhâ », Je suis la cité de la science, et Ali en est le portail. Ce hadith nous renseigne sur la fonction principale du Prophète de l’islam. Il apporte le cadeau divin le plus cher aux hommes, celui du savoir, de la science. La quête de la science est l’activité la plus utile aux hommes.

Le Coran est une cité de la science. Il donne à penser aux hommes. Il n’est que cela en somme. Sans le Coran, on ne comprendrait pas que c’est l’homme qui fait (qui est) le lien du  monde avec Dieu.

Al-‘ilm (la science par excellence, celle de la connaissance de Dieu) est l’attribut divin le plus vaste, celui qui concerne toute chose, qui embrasse toute chose.

La science divine partage cette qualité d’immensité avec la bonté divine (Rahmat). Dans le Coran, on peut lire « qu’Il embrasse toute chose par la science », wasi’a kulla shay’in ilman.

Le Coran dit aussi : « Sa bonté (rahmatuhu) embrasse toute chose », wasi’at rahmatuhu kulla shay’in. Il dit aussi à propos de l’Envoyé : « Wa mâ arsalnâka illâ rahmatan lil-‘âlamîn… ». L’Envoyé possède ainsi les deux attributs divins de ‘ilm et de rahma qui ont, au témoignage même du texte sacré, les champs d’application les plus vastes de l’être.

Par conséquent le ‘ilm est un attribut qui contient et concerne tous les autres noms, car son domaine est aussi étendu que celui de la rahma.

Connaître parfaitement une chose permet d’en avoir la domination. On ne maitrise que ce que l’on connaît.

C’est pourquoi, il est ordonné à l’Envoyé (SAW) de demander que son Seigneur lui accorde un surcroit de science », « wa qul rabbî zidnî ilman. » (sourate Tâ Hâ, 20, verset 114) Il ne demande pas la royauté, ni la toute-puissance, mais uniquement la science, le savoir.

C’est pourquoi, il n’a pas dit :

« Je suis la cité du bonheur, la cité de l’abondance, ou de la puissance et de la richesse, etc. » car ce sont toutes des choses dont le rayon d’action et le champ sémantique, sont inférieurs à celui de la science, des choses que l’esprit conçoit comme des significations limitées. Alors que la science elle-même est un océan sans rivage. Le domaine de la science, de la connaissance, est égal à celui de l’existence (al-wujûd).

Par conséquent entrer dans ‘’la cité de la science’’, c’est accéder à la totalité des qualités, car il reçut la « totalité des paroles », jawâmi’ al-kilam. Il ne pouvait donc pas promettre aux croyants, autre chose que le don  même de ce qu’il a reçu de meilleur.

‘Alî est institué comme le gardien de la cité, et le bâb al-hawâ’ij des croyants, l’intercesseur des hommes. Emir des croyants, il confère à ceux qui le suivent par le cœur et l’esprit, les clés de la Cité muhammadienne.

Le savoir est supérieur à l’action. Le savoir se passe de l’action. Le savoir est à la fois le moteur et le but de l’action. Toute action qui ne vous augmente pas en connaissance n’est pas une bonne action.

Le sens du ‘ilm divin est le même que celui du ‘ilm des hommes.

Il a dit : ‘’ wa lâ yuhitûna bi-shay’in min ‘ilmihi illâ bi-mâ shâ’a’’ Ils (les hommes) n’embrassent aucune partie de la science divine excepté ce qu’Il a voulu (leur laisser connaître) ».  C’est donc bien, quoique mince, une partie de la science divine qui a été attribuée aux hommes. Cela suffit en tout cas pour prouver que le terme de ‘’science’’ est synonyme (au sens de la logique) appliqué à Dieu et aux êtres raisonnables (les hommes, les anges). Le peu de science (al-‘ilm al-qalîl) est beaucoup quand il provient de Dieu, dont la générosité est illimitée. Wa mâ ûtiytum min al-‘ilmi illâ qalilan.

Il s’ensuit que le sens du mot science est le même (appliqué à Dieu et à l’homme), à cette différence que la science de Dieu est essentielle, alors que celle des hommes dérive de la rahma divine, de Sa mashî‘a, volonté, créée par Dieu dans les hommes. D’une part, une science éternelle et de l’autre, une science adventice. Soit-dit en passant, cela constitue un argument opposable à Ibn Taymiya dans sa réfutation d’Ibn Tûmart, où il (Ibn Taymiya) soutient que le savoir des hommes n’a rien à voir avec le savoir de Dieu…sans mesurer les conséquences d’une telle affirmation : s’il n’y a pas synonymie des termes, (si le sens de science en Dieu diffère du sens de science en l’homme) pourquoi Dieu nous a-t-Il parlé avec la langue humaine ? Comment pourrait-on fonder une science de la sharia avec une telle compréhension des choses?

Or Dieu a parlé en arabe. Si la langue dans laquelle Il s’est adressé au Prophète était incompréhensible aux hommes, cela rendrait absurde la révélation. A Dieu ne plaise !

L’imam Alî (AS) :

« Connais  Allah (al-Haqq) puis connais Ses hommes, ahlah (ceux qui sont dignes de Lui) ! » Pour connaître qui détient la science, commence par connaître Dieu. les philosophes de l’islam expriment cela en disant qu’il y a Dieu, et l’autre-que-Dieu, mâ siwâ Allah. Expliquer cette dichotomie demande un article à part.

La connaissance de Dieu, pour celui qui l’entreprend, demande une vie et, si possible bien d’autres vies !!!  et encore d’autres vies.

La tâche, l’entreprise, est grande et longue. Ne perdons pas notre temps dans autre chose que la quête de la connaissance de Dieu. Pour cela, il faut commencer par renoncer à la quête de la connaissance de l’Essence divine. Ce serait s’égarer sans espoir de retrouver le chemin du retour. On ne peut connaître de Dieu que les attributs et les actes. Le Coran s’ouvre par la formule bismi Allah… Au Nom d’Allah.

Nous avons affaire avec des Noms. Dieu Seul Se connaît. Dieu nous a fait connaître Ses Noms qui sont Ses qualités, Ses attributs. Il s’agit donc pour nous de L’imiter, de Lui obéir pour réussir, car Dieu n’impose rien qui soit un piège pour les hommes. Pour leur salut dans la vie future, les hommes ne doivent obéir qu’à Dieu, et pas aux hommes aussi illustres soient-ils. Excepté bien sûr, le cas où l’on apprend auprès de ceux qui ont connu Dieu.

On raconte que le sultan Mahmoud de Ghazna s’était rendu auprès du  grand maître soufi iranien abû al-Hassan al-Kharaqânî pour le réprimander en ces termes : « Je t’avais donné l’ordre de me rejoindre (à ma Cour). Tu n’es pas venu. Pourquoi ne m’as-tu pas obéi alors que le Coran ordonne aux croyants de se conformer ‘’aux ordres de Dieu, de l’Envoyé (s) et de leurs chefs et gouvernants, ceux qui détiennent le commandement (ûlû al-amr)’’. Je suis ton chef, obéis-moi ! »

Abû al-Hassan al-Kharaqânî lui répondit : « Tu as raison... Je t’obéirais volontiers, mais vois-tu, attends que j’en finisse avec « Obéissez à Dieu » et avec « Obéissez à Son Envoyé ». (C’est l’ordre donné aux croyants dans le verset 4 : 59.) 

Si le sultan Mahmoud le Ghaznavide représente les ûlû al-amr, - comme il le fut-, il devra quand même attendre, respecter la hiérarchie des priorités.

Tout commentaire de ma part, n’écarte jamais le sens littéral. Quand je vais directement au sens qui m’intéresse, je signale au lecteur que cela n’implique pas de mon côté le rejet du sens littéral qu’il est indispensable de garder à l’esprit, car il est la source de la langue même. Les commentaires sont classés par ordre d’écriture, au fur et à mesure de l’inspiration.

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Omar BENAISSA