9 septembre 2021 4 09 /09 /septembre /2021 12:05

Même bien entourés, les hommes vivent dans la solitude. Qu’est-ce que la solitude ?

Je ne parle pas de cet accident de la vie appelé solitude, ni de son contraire, à savoir le choix assumé de vivre seul.

Certes l’homme est un animal social ayant besoin de la présence de ses congénères pour mener une vie organisée. Les hommes font de par leur gré, leur volonté, ce que les animaux font par instinct.

Il est donc social, sociable, pour vivre.

C’est dans son essence que l’homme se sait solitaire.

Il sait que sa vie est unique, que c’est à lui de s’organiser pour rentabiliser au mieux son séjour sur terre. Il est en compétition avec ses congénères dans le bien, et malheureusement aussi, souvent dans le mal.

Cette solitude potentielle ou en acte, comprend aussi un isolement que l’homme s’impose ou subit. L’homme peut choisir de s’isoler, dans un ‘’esseulement’’ choisi, ou s’intégrer dans son espèce. Tout en étant certain d’être unique, il ne peut s’empêcher de constater que nombreux sont ses semblables. Mais éprouvent-ils tous la même solitude ? Pas sûr. Il en est qui la subissent, il en est qui s’y complaisent.

L’homme est un animal rationnel. Il présente donc une face sociale, et une facette individuelle qui exprime entre autres, ses capacités rationnelles, ses aptitudes professionnelles, ses tendances métaphysiques.

C’est la solitude individuelle qui est visée ici. Cette solitude existe en lui, et côtoie de façon permanente, sa solitude sociale. A tout moment l’homme a la latitude de se séparer de son espèce pour un temps plus ou moins long.

Tout le monde n’est pas Robinson Crusoé (roman de Daniel Defoe), vivant, par la force des choses, dans une île, coupé du monde, où il s’est échoué.

Pour nous enseigner à surmonter la solitude, Dieu a créé un premier être humain duquel il a tiré sa femme. Depuis, les hommes épousent des femmes pour avoir le bonheur de la vie à deux qui devient une vie de famille avec la naissance des enfants. Les parents deviennent grands-parents, et parfois arrière-grands-parents. Et les enfants deviennent arrière-petits-enfants. Les familles élargies deviennent comme des arbres avec des troncs, des branches et des sous-branches. Nous avons le sentiment, et la certitude, d’être une seule même souche. Nous procédons tous de cette dualité première, de ce couple créé, formé par deux premières créatures qui sont nos ancêtres.

En tant que microcosme, petit univers, l’homme est un miroir de l’immense univers, le macrocosme.

A l’inverse du miroir suspendu aux murs de toutes les maisons, ce miroir humain ne reflète pas que les formes extérieures. Il révèle aussi les états cachés de l’homme, ses pensées, ses états psychiques, ses espérances, ses angoisses, ses peurs, ses joies et ses peines, ses instincts guerriers et ses aspirations à la paix et au bonheur.

D’abord de par son être. Il a été créé unique, seul. Dieu ne crée jamais de doubles, deux êtres absolument semblables. Il a créé le monde à Son image. Or Il est Unique ; ‘’de l’Un ne procède que l’un’’ comme disent les philosophes. L’Unique ne crée que des uniques. Ces derniers sont dit être à l’image de Dieu, de ce côté de l’unicité spécifiquement. Chaque humain est le miroir des autres humains. Chaque être possède sa connaissance particulière du monde dans lequel il vit, et ses croyances propres.

Il y a un seul être nécessaire, c’est l’être par soi, que les soufis appellent le Réel, al-Haqq c'est-à-dire Dieu en tant qu’un Etre Vrai. Tous les autres sont des êtres par autrui. C’est-à-dire qu’ils procèdent d’un autre être qui est celui de Dieu. Ils forment ce que l’on appelle le Khalq, la création.

Ils sont les branches d’un arbre aux dimensions incommensurables, pour ne pas dire infinies. Ou plutôt les fruits d’un tel arbre. L’arbre est permanent, les fruits réapparaissent au printemps, ou à la saison qui est la leur.

Tout a été fait pour que l’homme soit unique, et se sente comme tel. L’homme a conscience de son unicité. Malgré la multiplicité des hommes, chacun se sent unique. Chacun se ramène à un code-barres unique et spécifique. C’est cela qui fait son identité éternelle. Quand nous aimons ou quand  nous détestons, c’est toujours en fonction de cette identité. Que varie partiellement, au fil du temps.

Par conséquent Dieu qui est Un ne crée que l’un. Toute chose est unique malgré sa ressemblance, sa parenté avec une autre. C’est fort de cette conscience de son unicité que chaque homme peut ‘’penser l’unicité de Dieu’’, concevoir sa puissance et son éternité. L’homme aussi pense Dieu à son image. Le miroir humain est en réalité  aussi le miroir divin.

Ce n’est pas que la volonté divine a voulu le punir.

Bien au contraire. Avoir le sentiment – ou même l’illusion - d’être un être séparé et unique confère à l’homme, une personnalité, une identité, en un mot le sens de l’être, de l’existence. Sans ce sentiment, les êtres seraient comme des bulles sortant d’un lac, juste pour mourir aussitôt, sans conscience de soi.

D’où vient son angoisse ? De ce qu’il a tendance à se penser comme un être nécessaire, indépendant, malgré l’expérience de la vie dont il sait qu’elle est limitée dans le temps. Comme il s’agit d’une prétention de sa part, il est incapable d’assumer les conséquences de cette prétention. Chaque fois que nous prétendons avoir une supériorité quelconque, Dieu nous ramène au néant duquel Il nous a créés.

En rompant son lien avec la Cause Première, l’homme éprouve un sentiment de vide dans son être. Parce qu’il oppose à l’Etre vrai une prétention qui ne tient pas : à savoir se reconnaître comme indépendant de son Créateur.

C’est l’oubli de son origine qu’il paie. Mais le miracle s’accomplit quand même, parce que Dieu, même méconnu ou ignoré, est toujours là à contempler et à veiller sur ses créatures. Il est plus gratifiant de s’agripper à un être éternel que de s’accrocher à une herbe fragile qui s’arracherait du sol à la première tension subie.

Seul échappe à l’angoisse celui qui réalise et assume qu’il est un être adventice, et qu’il résulte d’une volonté supérieure qui le régit à son insu et qui lui confère un libre-arbitre limité, certes, mais vécu comme tel par les hommes, quand bien même il est vécu de façon problématique.

C’est de là que vient ce sentiment de solitude qui s’accompagne forcément d’une angoisse, parce qu’il n’a pas la certitude d’être vraiment, d’exister. Il est comme une lampe qui oublierait qu’elle ne s’est pas allumé toute seule, qu’elle tient son énergie d’une source inépuisable, indicible et lointaine, à laquelle elle doit retourner le moment venu. Par son ignorance, l’homme se fait peur à lui-même. De cette peur nécessaire, celle qui le pousse à trouver des solutions qui le rassurent.

Les philosophes occidentaux, comme Nietzche, ont manqué de comprendre cela, parce que le Dieu des occidentaux était un être séparé du monde, un dieu à la grecque, se reposant dans le Ciel, entourée des autres divinités inférieures et se nourrissant de nectar et d’ambroisie. Certaines personnes appartenant aux Gens du Livre (israélites et chrétiens et même musulmans) ont aussi une conception semblable à celle des Grecs. Dieu est quelque part dans le Ciel.

L’enseignement de l’islam est tout autre. Dieu est en toute chose. Il connaît toute chose, grande ou petite. Dieu ne connaît pas que les universaux, des abstractions. Il connaît les particuliers et les gère, sans que cela lui coûte le moindre effort. Toute chose renvoie à Dieu. Toute chose contient toute chose.

Aujourd’hui on le sait, chaque cellule de l’homme contient en puissance tout l’homme. Si elle est une cellule du foie, par exemple, elle peut aussi servir de cellule du cœur ou du rein, en cas de besoin. Selon l’affectation qu’elle reçoit.

C’est surtout la pensée d’Ibn Arabî qui a établi une bonne fois pour toutes, l’idée de l’unité de l’être, wahdat al-wujûd. C’est la seule conception pouvant rendre compte de l’ordre universel.

L’esprit humain ne peut pas concevoir une limite à l’univers. Affirmer que l’univers est infini serait en contradiction avec l’idée de la création qui, elle, suppose un début, un moment zéro. Pourtant, il y a une distinction à faire entre l’éternité générale, et l’éternité de l’acte créateur de Dieu.

En réalité, ce n’est pas le cas, il n’y a pas deux éternités. Car l’éternité du monde est soumise à l’éternité de Dieu, dépendante d’elle. C’est donc ce que l’on peut qualifier d’éternité seconde, sans substance, comme une image dans un miroir, ou comme une ombre. Le monde est donc créé, éternellement créé, car il émane de la volonté divine, qui est aussi éternelle. Le monde n’est pas éternel ; il est éternellement créé. Cette récréation qui se fait à une vitesse imperceptible nous fait sentir et penser que le monde est stable, créé une bonne fois pour toutes.

Quand on affirme que l’univers est éternel, il faut penser que cette éternité est seconde par rapport à celle de Dieu, car dépendante de Lui. C’est Lui qui est la cause première, et il n’y en a qu’une.

Certes, toute chose est vaine, hormis Dieu

Et tout délice est forcément appelé à disparaître

Selon un hadith du Prophète (S), ce vers est ‘’la parole la plus véridique qui fût prononcée par les Arabes de l’époque antéislamique’’ (jâhiliya).

Parmi les Noms ou attributs de Dieu, il y a celui de Créateur. Or tous Ses Noms sont éternels. Dieu est donc créateur par essence. Même en ce moment, Il continue de créer. En même temps, il nous recrée à chaque instant. Nous sommes branchés constamment à Sa volonté, et sans elle, nous disparaitrions immédiatement.

Il s’ensuit que la création est éternelle, mais d’un degré inférieur à l’Être divin, parce qu’elle est conçue comme un acte, pas comme l’essence du Créateur.

Il n’y a pas de fin du monde en Islam, mais seulement la fin de certains mondes, que Dieu fait remplacer à Sa guise. ‘’Il fait ce qu’Il veut.’’, dit le Coran. Et tout ce qu’Il fait est voulu. Et tout ce qu’Il veut est le Bien.

Il est question de l’Heure, qui indique plutôt la fin d’un cycle et qui se manifeste par de graves perturbations de la planète et du ciel.

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Omar BENAISSA