23 septembre 2021 4 23 /09 /septembre /2021 11:03

 

Moïse et le Prophète de l’islam

Le cycle a commencé avec Noé, témoin du déluge et il finit avec la famille du Prophète  comme une réédition de l’arche de Noé. Le Prophète a dit : « Les gens de ma famille sont comme l’arche de Noé (safînat Nûh) : celui qui y entrera sera sauvé, celui qui l’abandonnera sera noyé. »

Dieu a sauvé Joseph (S) en lui accordant la capacité d'interpréter les rêves. Il a fait de lui l'onirocrite du roi, un métier gratifiant. Parce que grâce à son savoir, il a pu donner la bonne signification du rêve qui tourmentait le roi d'Egypte, et a été nommé ministre du roi, en conséquence de sa compétence onirique qu’il a démontré en levant le voile sur le songe que n’avaient pas pu interpréter les onirocrites du pays. Je dis roi, parce le Coran ne parle pas de pharaon, mais de roi (al-malik). Soit qu'en son temps le titre de pharaon n'existait pas encore, soit que Joseph ne se trouvait pas en Egypte, le mot Misr signifiant aussi n'importe quel pays. Il a un pluriel, amsâr.

Grâce à cette position au service du roi, Joseph (S) a pu faire venir ses frères en Egypte( ?), inaugurant ainsi la lignée des prophètes d'Israël, et du pouvoir des Hébreux qui étaient alors les premiers monothéistes.

Moïse viendra plus tard pour libérer les Enfants d'Israël de la servitude en Egypte, et les conduire en Palestine (?).

Certes descendant d’Abraham, Moïse (Mûsâ, dans le Coran) était un égyptien de culture. Il s’était révolté et avait défié l’orgueil de Pharaon qui l’avait élevé. Il devait mourir égyptien. Il a conduit les hébreux, descendants de Jacob, surnommé Israël, loin de l’Egypte ( ?), sans les y accompagner. Il était un ‘’égyptien’’ d’adoption. On n’est pas sûr des lieux, ni de l’Egypte, ni de la Palestine, parce que le Coran ne mentionne pas ces noms. On suppose que pour l’Egypte, il est question de Misr, et pour la Palestine, il est question de terre bénie, sainte (ardh muqaddasa).

Quoiqu’il en soit, Moïse a poussé son peuple à accomplir cette hégire destinée à soustraire définitivement les hébreux à l’influence de Misr (Egypte ?), à la servitude de ses rois. Quant à Moïse lui-même, Dieu l’avait choisi pour en faire Son messager. Il avait la foi ainsi que son frère Aaron, son bras-droit, son soutien. Il a demandé à Dieu de lui adjoindre Aaron comme ministre pour le soutenir. Dieu le lui accorda. Moïse était un prophète et ne voulait sans doute pas devenir un roi, alors qu’il venait d’échapper de justesse à un roi. Moïse avait eu une première rencontre avec le pharaon. Ce dernier s’était alors mis en colère contre Moise qui refusait de voir en lui un dieu, ou un égal de Dieu.

Comme pour les premiers musulmans émigrés à Médine, il s’agissait pour les Enfants d’Israël de s’installer dans une terre acquise à la foi nouvelle ou susceptible de les accueillir. Cette émigration devait être volontaire.

Moïse a donc conduit son peuple en terre promise. Mais il n’y est pas entré lui-même. Soit qu’il mourut, soit qu’il n’avait pas obtenu la permission divine de les accompagner jusqu’au bout. Ce qui importait, c’est qu’il les avait délivrés de Pharaon. C’était en cela que consistait sa mission.

Les enfants d’Israël qui se sont installés en Egypte étaient devenus nombreux depuis que Joseph les y a fait venir. Nombreux au point d’envisager de se rassembler librement en peuple libre.

Telle fut l’hégire de Moïse. Une hégire qu’il mena à bien, mais dont il ne vécut pas l’impact. Cette hégire mosaïque était une fin en soi. Car elle a libéré les descendants de Jacob de l’injustice pharaonique. Ce fut une mission douloureuse pour Moïse qui a enduré l’ingratitude de son peuple, toujours en train de se plaindre.

*

Après l’hégire du Prophète de l’islam, ceux des musulmans de la Mecque qui n’avaient pas la permission du Prophète de demeurer dans cette ville avaient l’obligation de le rejoindre à Médine, place forte de la nouvelle religion. Il fallait des hommes en nombre pour assurer la survie définitive de la nouvelle foi, appelée islam.

Pour le Prophète de l’islam, il s’agissait de sauver ses compatriotes non pas d’un roi injuste, mais d’une ignorance qui en faisait le peuple le plus arriéré de l’histoire, pourtant situé à la frontière d’une terre des grandes civilisations de l’Orient.

Faire partie de ceux qui ont émigré de la Mecque à Médine aux premiers temps, était un devoir et plus tard un grand honneur. On les appelait les mouhadjirûn, ceux qui ont laissé leurs biens et émigré de la Mecque à Médine pour rejoindre le Prophète. Ils ont suivi le Prophète par amour pour lui. Qui m’aime me suive, dit l’adage.

Et les gens et familles qui les accueillaient à Médine étaient appelés les ansâr(s), les partisans, les soutiens de la nouvelle religion. Il y a eu une grandiose fraternisation entre les croyants des deux groupes.

A la première bataille des premiers musulmans contre les païens de la Mecque, bataille qui eut lieu à Badr, le Prophète avait prié et supplié Dieu de soutenir la jeune troupe qui constituait la première armée de l’islam. Sans ce soutien surnaturel, il y avait crainte que « Dieu ne serait plus jamais adoré sur terre ».  C’était donc une bataille décisive. Si les musulmans l’avaient perdue, il aurait été difficile, voire impossible, au Prophète de rassembler une autre troupe pour un second combat. Parce que la défaite aurait abattu le moral des croyants, et aurait été considérée comme la preuve que le Dieu du Prophète n’était pas fiable, qu’on ne pouvait lui faire confiance.

Cette expérience de l’échec, les musulmans la feront lors de la deuxième bataille, celle d’Ohod qui avait failli ruiner tous les efforts du Prophète. Mais Dieu ne l’a pas permis. Le combat est devenu in extremis favorable aux musulmans. Les croyants venaient d’apprendre que les croyants ne devaient pas s’attendre à ce que Dieu leur accorde la victoire sans mettre à l’épreuve leur foi.

Le Prophète avait conscience d’être le noyau vital et le point d’origine de la foi nouvelle. Et Dieu savait quoi faire pour honorer les premiers soutiens du Prophète.

Dieu a élevé, éduqué le Prophète depuis sa naissance, comme Il le fit pour Moïse qui a grandi dans le foyer même du pharaon qui avait fait tuer tous les enfants hébreux de la génération de Moïse, et dont chacun d’eux pouvait être soupçonné d’être le nouveau-né annoncé par un présage selon lequel ce nouveau-né de cette année-là allait mettre fin au règne du pharaon sur ses sujets hébreux. Tous sauf Moïse qui se trouvait chez lui sous la protection de l’épouse de Pharaon. Ce dernier ne se doutait pas que l’ennemi était chez lui, at home, protégé par son épouse même, qui l’avait recueilli alors qu’il se trouvait dans un berceau qui flottait sur le Nil et que le courant a rapproché de sa maison, par miracle...

Lorsque Moïse fuyant l’Egypte emmène son peuple en terre promise, il s’est contenté de le conduire aux frontières de cette terre. Il lui était peut-être interdit d’aller plus loin. On ne sait si cela fut causé par un commandement divin le concernant ou s’il fut empêché par la mort.

La mission qui lui avait été confiée a été accomplie : conduire son peuple bien loin de ‘’l’Egypte’’ et le soustraire à l’esclavage.

Notons entre parenthèses que dans le récit de Joseph (sourate 12), il n’est pas question de pharaon (fir‘awn), mais de roi (al-malik). Il faut penser qu’au temps de Joseph, où les hébreux n’étaient encore que les 12 enfants de Jacob (Enfants d’Israël, dont Joseph faisait partie), les rois ne portaient pas le titre de pharaon. Ou bien que l’histoire de Joseph ne s’est pas passée en Egypte. Le nom Misr qui désigne l’Egypte aujourd’hui, signifie en arabe, le pays. Misr pouvait donc être n’importe quel pays. On parle au pluriel de : amsâr. Il n’est pas impossible que l’histoire se soit déroulée au Yémen ou dans le golfe persique. S’adressant aux hébreux, Moïse leur dit : « Voulez-vous échanger le meilleur pour le moins bon? Descendez donc à n'importe quelle ville; vous y trouverez certainement ce que vous demandez!» (Coran, sourate 2, verset 61) Ce qui est traduit par ‘’n’importe quelle ville’’ est l’expression misran.  De nos jours, Misr est le nom arabe qui désigne exclusivement l’Egypte.

Le mot Egypte ne figure pas dans le Coran, mais une des divinités qui s’y trouvaient aurait eu pour nom, al-Jibt, mentionnée à côté du Tâghût. Ce dernier pourrait être une déesse. Sa forme sémantique ressemble à un féminin berbère, qui commence et finit le plus souvent par un t. Quant au mot al-Jibt, qui est un hapax du Coran, il rappelle bien l’Egypte. Al-Jibt devait être le nom d’une divinité ‘’égyptienne’’ d’après le contexte de son unique apparition (Coran. 4 : 51) Certains disent que le mot jibt se réfère aux pratiques de la magie. Je ne sais sur quelle racine ils s’appuient pour affirmer cela. La magie se pratiquait partout et était considérée comme une science, dans les temps anciens.

Quant au tâghût (prononcé tâghout), on peut le rapprocher du mot arabe tughyân, du verbe taghâ, yatghâ, le rebelle, le révolté, dans sa forme extrême, excessive. Les mots en arabe utilisent des degrés d’intensité qui s’indiquent par un –ût final. L’ayatollah Khomeiny avait qualifié ses opposants de ‘’tâghûtî’’.

Une intervention divine avait permis à l’enfant Moïse de retrouver le sein de sa mère. La femme du roi avait récupéré l’enfant alors qu’il était emmailloté dans un berceau, flottant sur le fleuve. Elle avait cherché une nourrice pour l’allaiter. Ce fut la propre mère de Moïse qui obtint la confiance de la femme du roi. Heureuse de le retrouver, elle se garda néanmoins de révéler le secret, sachant que pharaon avait donné l’ordre de tuer tous les enfants de sexe masculin nés cette année-là.

La Bible raconte l’histoire de Moïse, ses faits et gestes, mais à la manière d’un récit historique fait par un auteur humain, et non pas tel qu’il est dit par Dieu lui-même dans le Coran, c'est-à-dire se concentrant sur les faits essentiels de sa mission religieuse. Le Coran ne se veut et ne se lit pas comme un livre ‘’d’histoires’’ ni d’histoire au singulier, science du passé.

Quant au Prophète de l’islam, il a été aussi privé de ses deux parents. Son père Abdallah en premier, et sa mère Âmina, peu après qu’elle l’avait mis au monde…

A partir du moment où le Prophète a réussi à transmettre l’islam, - le message divin qu’il a reçu – à des hommes civilisés et de confiance, en l’occurrence les iraniens, la survie de l’islam était assurée.

Autrement les Arabes, réputés alors pour leur barbarie, auraient tôt fait et tout fait pour éradiquer la nouvelle religion et retourner à leur paganisme.

Une fois confortablement installé en Perse, l’islam a pu grandir à l’abri, sans crainte de tomber dans l’oubli, comme ce fut le cas du christianisme dont les seules écritures que nous possédons remontent au 3ème siècle, et uniquement dans une traduction en grec. Nous ne savons pas dans quelle langue Jésus s’exprimait, en tout cas, nous n’en sommes pas sûrs.

Il fallait que le Ciel envoie enfin aux hommes un message final auquel Il garantira protection et durabilité dans le temps. Un message non entaché de doute, d’autant plus que ce message se disait le dernier message de Dieu aux hommes (al-Nâs). Cela s’est d’ailleurs vérifié puisque depuis la mort du Prophète, aucun homme ne s’est proclamé prophète. Ceux, rares qui ont osé le faire,  ont été moqués, pris en risée et désavoués publiquement.

C’est ainsi que le Coran est devenu le seul livre céleste qui soit préservé dans sa version d’origine, dans la langue même dans laquelle il a été révélé. Dieu soit loué !

Omar Benaïssa

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Homère